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les oeuvres

LE THEME CATACLYSMIQUE

La littérature de science-fiction expose deux visions diamétralement opposées de l’avenir, l’une optimiste, l’autre pessimiste . La première, en liaison étroite avec le scientisme de la fin du XIXème siècle, se retrouve dans maints ouvrages,  du français Jules Verne à l’américain Heinlein.Les conquêtes de la science dans tous les domaines, la volonté d’arracher à la nature ses derniers secrets, l’épopée de la conquête spatiale, les utopies scientifiques et socialisantes du siècle dernier, ont généré des héros porteurs d’espoir lors de lendemains qui chantent. La science et la technologie étaient les amis du genre humain, l’atome bienfaisant guérissait tous les maux. Mieux: il allait aussi permettre de mettre le cosmos à la portée de l’homme.
Ce courant - qui persiste encore aujourd’hui dans le genre - a quasiment été doublé dès son origine par une approche plus sombre, que Wells est l’un des premiers à assumer: la science peut être mauvaise et la technologie dangereuse dans son utilisation inconsidérée au détriment de l’homme et de la nature. Ce concept théorique forme le socle du roman cataclysmique.
Loin d’être un sous-genre littéraire dans le main-stream, le « catastrophisme » représente un courant puissant, aux motifs littéraires nombreux, constamment nourri des inquiétudes de l’époque. La science fiction enregistre tel un sismographe les peurs de l’homme et en joue au plan littéraire. Ces peurs se couvrent d’oripeaux divers en fonction de  l’époque qui les vit. Le socle des angoisses exprimées est cependant fort ancien.
La Bible fait référence en ce domaine,  du déluge à l’Apocalypse de St Jean . Les annonces johannistes expriment la destruction généralisée de la Terre, la chute des luminaires célestes, les tremblements de terre, les pluies ardentes, la chaleur et la suffocation, enfin l’ouverture des Tombeaux pour le retour des Justes; Quant au mythe du déluge universel dont les traces, au-delà de la mention biblique, se retrouvent dans presque toutes les civilisations, il fonde les images qui deviendront progressivement clichés : la montée lente des eaux, le petit groupe d’élus sauvés, la disparition des méchants, la reconstruction d’une société meilleure. Autant de thèmes qui s’associent avec le mythe platonicien de l’âge d’or et de la disparition de l’Atlantide, ou encore celui du concept millénariste dans le cadre d’une destruction cyclique du monde. La peur de l’an 2000 se nourrit de ces mythes et le roman-catastrophe y fait constamment référence dans des oeuvres telles que « le Second Déluge » de Noëlle Roger,  « le Monde englouti » de Ballard ou « le Vagabond » de Fritz Leiber.

L’idée de la fin des temps - voire de la fin « d’un » temps - forme l’assise du roman-catastrophe. Réactualisés, dépoussiérés, les mythes anciens épousent les craintes modernes jusqu’à se fondre en elles. Les bouleversements sociaux et politiques de l’entre-deux guerres, la montée des socialismes, les bruits de bottes, le déclenchement de batailles sur de vastes territoires, les génocides, la menace atomique et, plus proche de nous, la crainte d’une pollution généralisée de la biosphère, se coulent dans le moule prescris .
Par ailleurs, la disparition des empires coloniaux est ressentie douloureusement par les puissances occidentales. L’Angleterre surtout, pour qui son insularité représente un asile inexpugnable, se sent menacée jusqu’en son essence la plus profonde. Elle traduit métaphoriquement son graduel affaiblissement politique et économique, et donc son influence, par la destruction physique de l’île, ou du monde (tant il est vrai que l’Angleterre a tendance à se prendre pour l’omphalos) .  L’écho privilégié de cette inquiétude se retrouve chez les meilleurs auteurs  tels que Ballard, Edmund Cooper, Conan Doyle, etc. qui se livrent au grand jeu de la destruction et créent à l’intérieur même du genre un courant original traduisant « l’esprit anglais », fait d’humour noir et de naturalisme descriptif.
D’autre part, les avancées des sciences archéologiques, le relativisme sociologique, les progrès en paléontologie , en climatologie mettant l’accent sur la fragilité des systèmes vivants donnent encore plus de force à la thématique du genre. A l’instar des autres espèces, les sociétés humaines sont mortelles. Epidémies, guerres, destructions, menaces des savants fous, égoïsmes divers et incompétences scientifiques sont autant de causes probables de catastrophes.
Véritablement fascinés par la mort, de nombreux auteurs s’ingénient à la mettre en scène. Ils se complaisent dans la description d’effets liés à la catastrophe: cités dévastées qu’engendre un tellurisme intense, brouillards méphitiques qui empoisonnent des millions d’hommes, brusque montée des eaux sur lesquelles flottent des milliers de morts . Selon l’angle d’attaque, le jeu littéraire sera romantique ou réaliste. De la poésie des ruines envahie par une végétation cristalline (« la forêt de cristal » de Ballard) aux poses contre-nature de milliers de cadavres momifiés par un gaz inconnu  (« le nuage pourpre » de Shiel), l’éventail des possibilités descriptives est largement ouvert, axé le plus souvent sur un voyeurisme intense: donner à voir la mort est déjà l’exorciser !Cette fascination, présente dans le genre, peut parfois dégénérer en outrance pathologique comme dans « H sur Milan » de Emilio de Rossignoli ou représenter le vecteur de la problématique de l’auteur, car le roman-catastrophe est aussi un roman idéologique.
Si le vieux monde est anéanti,  c’est que son sort était mérité. L’homme - ou l’espèce, ou l’individu, ou la société, ou la science - a « péché » puisque, d’après la logique judéo-chrétienne, il ne peut y avoir de punition sans cause. L’auteur installe le sens au milieu de l’absurde. Ce qui a réellement provoqué la chute des villes, c’est l’orgueil (thème du « savant fou »), l’usage incontrôlé d’une technologie (les menaces radioactives), l’activisme des syndicats ou des groupes de pression, comme dans « le Duc Rollon » de Léon de Tinseau, des communistes comme dans « l’Agonie de Cosmopolis » de A. Bessières. De ce fait, le roman - catastrophe échappe à toute étiquette qui tendrait à le figer dans un genre spécifique pour s’ouvrir largement sur le courant de la littérature générale. De nombreuses oeuvres ne naissent pas sous le label des collections spécialisées échappant ainsi au sort infamant qui attend généralement les romans de science-fiction. De grands romanciers, non suspects de fréquentation littéraire douteuse, s’y sont essayés : Alfred Lewino (L’Heure), André Maurois (Deux fragments d’une histoire universelle 1992), Georges Poulet (Les Ténèbres), Mary Shelley (le dernier Homme), Jack London (la Peste rouge), etc.

Une autre composante importante en est la « joie de détruire », la « Schadenfreude » de Freud. Comme l’enfant qui, d’un coup de pied, démolit la construction de cubes patiemment édifiée, l’auteur de roman-catastrophe détruit des sociétés ou le monde. Apparentée au délire schizophrénique, l’on s’amuse à casser ce qui est construit, à jouer avec ce qui reste. Son champ d’application est tellement plus vaste que celui du roman psychologique à la française dont l’unique question qui torture l’auteur et parfois ennuie le lecteur,  est de savoir quand, comment, et avec qui , couchera  - ou ne couchera pas - l’héroïne! La mentalité du «  dernier homme » est souvent proche de celle de l’enfant : enfin, il redevient le roi de la création, comme au temps de papa - maman, quand le monde entier se centrait sur son Ego. Il peut s’approprier réellement le monde en déambulant dans des rues enfin à sa disposition, en se servant jusqu’à satiété de tout ce dont il avait été privé jusqu’à cet instant. Son Ego satisfait, le dernier homme peut éventuellement envisager une activité autre que celle de brûler des villes déjà détruites ou de lancer des missiles au hasard (« les derniers jours de Sol 3 » de Richard -Bessière)
L’intérêt pour la catastrophe repose de toute évidence sur une imposture: si tout est détruit, comment se fait-il que quelqu’un reste vivant et surtout pourquoi se prendrait-il la peine de relater l’événement et pour qui ? En ce sens, toute fin est une fausse fin. L’auteur ne détruit que pour mieux reconstruire et le thème du « dernier homme » se confondrait facilement avec celui de Robinson sur son île. Toute une série de romans - essentiellement appartenant au mainstream  - décrivent l’évolution psychologique de l’être resté dans sa solitude. « Le dernier homme » de Maurice Blanchot, « Mémoires d’une Survivante » de Doris Lessing, « le Mur Invisible » de Marlen Haushofer en sont des exemples.Le thème est cependant plus le canal privilégié qui permet de poser les fondements de la nouvelle civilisation selon les voeux de l’auteur, par où il se rapproche de l’utopie. L’île, la contrée isolée, la montagne, les lieux reculés sont des régions propices au clan, à la tribu, à la famille, noyau central de la société nouvelle. « Le dernier homme » ne peut se passer de la « dernière femme » en vue d’une refondation . Et c’est Adam et Eve revisités. Utilisée jusqu’à la parodie («Sans éclat » de Damon Knight), l’Eve Virginale deviendra en de nombreuses oeuvres la Nouvelle Mère de l’humanité. Une série de romans s’intéresse prioritairement au sort et à l’évolution de micro-sociétés. Celles constituées par des enfants survivants au désastre, sortes de laboratoires sociaux, vont de l’optimisme le plus débridé (« Les Voyageurs de l’Espérance » de Georges Duhamel) au pessimisme le plus noir (« Quinzinzinzilli » de Régis Messac), en passant par la réinvention de nouveaux rites (« Le Seigneur des Mouches » de Golding). Rares sont en ce domaine les oeuvres totalement désespérées. Dans l’immense majorité des cas, la fonction cathartique du cataclysme a opéré, les impuretés sociales ont été balayées, les mauvais et les méchants ont disparu. La place, comme lieu privilégié de l’expression idéologique, est libre pour le Père Fondateur.
Dans son ensemble,  le roman-catastrophe  est réactionnaire  et conservateur. Il s’élève contre la science et la technologie qui sont susceptibles de modifier les lignes de force sociologiques en obligeant à l’acquisition rapide de comportements nouveaux. Or, tout nouveauté est génératrice d’angoisse, cette angoisse qui est le fond de commerce du genre. François, dans « Ravage », tue le Forgeron venu lui présenter une nouvelle machine de peur que l’avancée technologique ne mette à nouveau en péril la société pastorale qu’il a fondée.
Les savants fous s’érigent en maîtres du monde afin de se venger de leurs semblables qui les bafouent. Ils tuent à l’aide de « rayons de la mort » (« la guerre des ondes » de Keller-Brainin), de bactéries (« le Bacille » d’Arnould Galopin), en modifiant le climat ou les lois physiques. Reflétant la défiance envers la science, ils sont aussi l’incarnation de la culpabilité des sociétés. Le genre dénonçant les racines du mal,  son intrigue archétypale est donc celle du fruit défendu, cueilli et goûté. La science et la technologie, parce que l’homme est allé trop loin dans la connaissance, seront à l’origine de la « chute ». Chute des villes, dissolution sociale dans l’anarchie par la violence, disparition des anciennes valeurs morales que remplacent le cannibalisme et la bestialité: Solve et Coagula! L’Oeuvre au Noir achevée, la cité utopique pourra surgir sur terre, la Jérusalem terrestre rayonner. En ce sens, il est également roman d’apprentissage.
Pourtant, à égale distance du prophétisme et de la religion il se donne aussi comme pur jeu littéraire qui se fonde sur l’idée de la fascination. Il « donne à voir » au sens littéral du terme. Prenant tout naturellement racine sur le concept de « cycles », la destruction est le plus souvent suivie d’une « reconstruction ».

Les menaces cosmiques et leurs hordes de séquelles - tremblements de terre, volcanisme, déluges, etc.- sont les premières à apparaître . Flammarion avec sa « Fin du Monde » enclenche la thématique. Se basant sur la menace que constitue le passage périodique de la comète de Halley dans notre système solaire, l’astronome vulgarisateur imagine les conséquences qui en résulteraient si la queue de la comète balayait la terre: excès d’oxygène, de gaz carbonique, de gaz cyanhydrique, toutes les spéculations sont permises. Ces convictions ont d’autant plus de force que les comètes, depuis la plus haute antiquité, ont toujours eu mauvaise presse.
Venues du fond du cosmos envoyées par des dieux infernaux elles représentent le glaive annonciateur d’un destin vengeur. Le passage de la prophétie au jeu littéraire a pu s’opérer sans un hiatus tant l’inconscient social avait été travaillé par deux millénaires de judéo-christianisme. Lors de l’apparition du roman de Flammarion et avec quelques articles de sa part dans les journaux insistant sur le danger potentiel que représente la comète, des fortunes changèrent de mains si rapidement que des suicides en résultèrent. Les gens étaient persuadés d’un désastre imminent.
Aujourd’hui, c’est toujours la même peur qui s’exprime, quoique avec moins de naïveté : les météorites de la ceinture d’Oort ont pris le relais. Selon les nouvelles hypothèses scientifiques,  les dinosaures n’ont-ils pas été éradiqués par une météorite géante il y a soixante-cinq millions d’années ? Alors pourquoi pas nous!

De même les récits décrivant déluges et tremblements de terre, séismes récurrents, fractures de l’écorce terrestre - avec ou sans l’aide de la sottise humaine - connaissent une fortune qui ne s’est jamais démentie depuis le début du siècle. La thématique s’est cependant modernisée et s’appuie sur des cautions scientifiques. Délaissant les témoignages bibliques, les romanciers préfèrent faire référence à l’ouverture de la faille de San Andréas, à la théorie de la tectonique des plaques, au volcanisme latent des mont d’Auvergne.
Quant au déluge, le mythe bien enraciné de la destruction de l’Atlantide le réactive constamment, sans qu’il soit besoin de remonter à celui de Noé. La tradition en est vivace: au « déluge futur » de Marcel Rolland, répond le « Nouveau déluge » de Noelle Roger, en passant par une « Terre qui change » de Léon Lambry ou « Adam, Eve et Cie » d’André Rigaud.
Aujourd’hui ce serait plutôt l’étude des tornades, cyclones et tempêtes de toute nature qui retiendrait l’attention. « Gros Temps » de Bruce Sterling, « la Mère des tempêtes » de John Barnes en sont les avatars extrêmes. Il est notable que le thème de la submersion et de l’engloutissement est plus fréquent que son contraire, celui de l’assèchement et de la désertification. Lié plus précisément à l’idée de réchauffement planétaire, à l’augmentation des U.V. par disparition progressive de la couche d’ozone, le thème est d’usage plus récent et plus en rapport avec l’idée de pollution généralisée.
Pour ne pas quitter déjà le registre des catastrophes naturelles de type cosmique, il nous reste encore à mentionner les dérèglements de toute sorte susceptibles d’affecter la Terre; la mécanique céleste qui a des ratés, c’est la lune qui tombe; le soleil qui se réchauffe  ou explose, les étoiles proches qui se transforment en novae, les nuages de poussière cosmique qui forment écran, ce sont de nouvelles glaciations.
Combien existe-t-il de ces récits - humoristiques ou non - qui relatent de quelle manière la lune va nous tomber dessus! La terre peut se casser en deux, comme dans « l’Agonie du Globe » de Jacques Spitz, ou la lune, comme dans « Hector Servadac » de Jules verne. Notre satellite peut se désintégrer comme dans « l’anneau » de Bram de Welde ou, plus simplement mais non moins dramatiquement, sauter de son orbite et se rapprocher de notre planète. « Le manuscrit Hopkins » de Sherriff traite ce cas , en véritable petit bijou d’humour noir et de flegme anglais. En considérant le soleil, son instabilité est le facteur premier susceptible de modifier le climat. Soit il se réchauffe et la terre se consume dans les affres du volcanisme, soit il se refroidit et la terre subit une glaciation généralisée. la plus petite variation solaire produit des effets catastrophiques sur l’espèce humaine. Nous passerons rapidement sur l’évocation de la mort du soleil qui a donné naissance à ce thème particulier de « la fin du monde par usure et qui sera étudié en détail plus avant.

. Le roman-catastrophe se cantonne parfois aux causes purement humaines d’un désastre programmé. L’histoire de l’Europe est riche d’enseignement et fournit le matériau nécessaire au récit, lequel sert de substrat idéologique  à l’auteur. L’avènement du bolchévisme en 1917 a secoué les masses dans le monde entier à l’instar d’un cataclysme. Evénement décrit en creux et en relief selon la position idéologique des divers auteurs. Plus d’un romancier bourgeois ayant senti s’écrouler « son monde » , la lutte des classes se trouve être le signe de la fin des temps, la révolution fonctionne comme métaphore de la fin de l’ espèce, voire du monde. Guerres civiles, émeutes, grèves, réunions syndicales seront les principales causes des bouleversements cataclysmiques. L’obsession de l’annihilation de la classe bourgeoise s’étend à l’espèce entière. Les révolutions génèrent le motif de la « cité foudroyée ». Un savant fou, de préférence au corps contrefait, un espion russe ou un groupe de terroristes s’attaque à la ville - la grande métropole!- , expression de la sanie sociale. La grande prostituée devant périr, tour à tour (ou conjointement), Paris, Londres, New-York sont gommés de la carte. Dans « l’Agonie de Cosmopolis » de Bessières, auteur chrétien, c’est tout le judéo-christianisme qui est affecté par la révolution bolchévique. Pour Léon de Tinseau, auteur royaliste, seule la restauration de la monarchie pourra guérir le corps social infecté par le virus communiste.
L’entre-deux guerres est particulièrement sensible à la montée du fascisme et de nombreux romans prévoient - souvent avec une précision chirurgicale - la nouvelle guerre qui ensanglantera l’Europe. La « Der des der » de Victor Méric s’opposera au « Paris sera détruit en 1936 » du Major Von Helders. Le thème de « la cité foudroyée »  entre dans cette catégorie d’ouvrages tout en relevant également d’une opposition à l’évolution technologique, à la civilisation mécanisée, surtout sous sa forme urbaine. En prise directe avec le roman-catastrophe ce type de récit s’oriente vers les frontières de la « politique-fiction » débouchant à son tour sur les guerres totales du futur.
La fin de la deuxième guerre mondiale coïncide avec l’exploitation de l’arme nucléaire qui trouve un terrain de choix dans le cadre du roman-catastrophe. La peur sourde et lancinante de la bombe atomique se concrétise en une quantité impressionnante de romans centrés sur ce même motif.
De la guerre atomique elle-même (« Et ce fut la guerre atomique » de Marcel Bouquet), jusqu’en ses conséquences les plus extrêmes (« H sur Milan » de Lino Aldani), toutes les étapes sont disséquées et présentées par le genre. Avec la construction en série des centrales nucléaires liée à la crise du pétrole, c’est l’emploi civil de l’atome qui pose problème. Différents cas de figure seront successivement envisagés : l’explosion d’une centrale et la contamination d’une vaste région (l’on sait aujourd’hui que ce cas n’est plus du domaine de la fiction), l’action d’un groupe terroriste, les maladies qui empoisonnent la faune et la flore, cancers, stérilités, mutations pathogènes. Dans les années soixante-dix le motif radioactif se combine avec celui de la pollution généralisée.
Motif extrêmement vaste puisque la pollution a une incidence sur tout ce qui est vivant. Deux oeuvres magistrales résument à elles seules la totalité des thèmes: « le Troupeau aveugle » de John Bruner, "la Fin du rêve"  de Wylie. Pollution de l’air -qui reprend le thème de « l’air empoisonné » par la comète -, pollution de l’eau, pollution de la nature, formes mutantes végétales qui prennent la place des êtres humains et invasion d’insectes géants - à cause des radiations, bien sûr!-. Alors que dans les années cinquante , l’atome était considéré comme la panacée à tous nos maux (énergétique, médicaux, logistique) aujourd’hui, en cette fin de millénaire, elle apparaît comme une malédiction. La pollution généralisée reste un thème d’une brûlante actualité. L’échouage du Torre-Canyon, les infiltrations de nitrates dans les nappes phréatiques, le déboisement inconsidéré des forêts tropicales, l’augmentation de l’effet de serre donnent hélas! de la force au sujet.  Quant aux années quatre-vingt, la crise sociale généralisée, les guerres localisées, la bombe alimentaire, l’action des manipulations génétiques, brodent sur le motif.
Ainsi, pour n’en suivre qu’un seul, l’émergence du SIDA a redonné vie au thème des « maladies sexuellement transmissibles ». Le roman-catastrophe, en amplifiant le mouvement, décrit soit l’extinction des femmes, soit la disparition du pouvoir fécondant des hommes, soit la naissance de monstres mutants non-viables. Dans tous les cas, l’espèce humaine est condamnée. Bientôt l’homme (blanc ou noir ou jaune) restera seul en lice et vieillira sans descendance. « Barbe grise » de Brian Aldiss, « le Dernier Blanc » d’Yves Gandon, « le Monde sans femmes » de Virgilio Martini en sont quelques exemples parmi les plus remarquables.

Enfin, une dernière catégorie d’oeuvres , celles que Versins a classé sous le motif « disette d’éléments », répondent toutes à la question suivante : « Que se passerait-il si. ?... ». Si le pétrole venait à se tarir (la Fin par le pétrole), si le papier venait à s’autodétruire (les Naufragés de Paris), si le fer venait à pourrir (le Fer qui meurt), si le verre venait à disparaître (l’Agonie du verre), etc. La réponse est à chaque fois la même: régression et disparition de la société technologique. « Nous autres civilisations savons que nous sommes mortelles. » La pensée de Paul Valéry n’a jamais été aussi actuelle. La science-fiction, en ce genre spécifique que constitue le roman-catastrophe joue plus que jamais le rôle de témoin. En pointant le dysfonctionnement social et technologique de la veille il décrit aujourd’hui ce qui ne manquera de se produire demain, si nous n’y prenons garde.

 
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