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H sur Milan

les oeuvres > APRES LA BOMBE...

H sur Milan par Emilio de Rossignoli Denoël éd., 1965, coll. " Présence du futur " N° 97. 1 vol. broché , in-12ème, 222 pp. couverture muette. roman d’expression italienne
1ère parution: 1965   titre original: H come Milano
la cité foudroyée - après la Bombe…

Emilio DE ROSSIGNOLI

(1920-1958) Journaliste et auteur italien dont on ne sait pas grand chose. A écrit quelques romans dans le champ de la littérature dite "populaire", policier, sicence-fiction, fantastique (sujet:  les vampires)

" H sur Milan " est la description de la vie quotidienne dans une ville sinistrée, Milan en l’occurrence, alors que la bombe thermonucléaire vient d’être lâchée et que l’Europe a été complètement anéantie. Description macabre et sans complaisance des êtres qui survivent au terrible événement durant les quelques jours où ils resteront en vie avant de mourir à leur tour dans les ruines, brûlés par les radiations :
" Maintenant les survivants sont au nombre de quatre ou cinq. Je vois une grosse femme, avec une robe à pois, elle tient à la main un morceau de fer rouillé. Elle gratte avec acharnement la surface sale d’une colonne restée debout. L’ombre d’un homme est restée sur cette surface comme un calque noir et goudron Elle dispute furieusement cette image à la pierre, arrachant de minuscules lambeaux, sombres, frisés et gluants.
Elle répète : "Je ne le laisserai pas ici." Elle travaille de la main droite, recueillant dans la main gauche ces copeaux humains. Quelques écailles de réglisse, informes : quatre-vingts kilos d’os et de chair, cinquante ans, une profession, des pensées, des sentiments, des ambitions. Tout cela finit un bel après-midi de juin Pourquoi certains sont-ils vivants et certains morts? Pourquoi est-ce que je marche et que lui est une décalcomanie sur la pierre? Un garçon de café en smoking, un plateau à la main sort par la précaire coulisse formée par un reste de mur de restaurant. Son noeud papillon est de travers et d’énormes déchirures aux genoux laissent voir des mollets maigres et velus. Il porte une cuiller d’argent sur le plateau "  Avec ceci, cela ira mieux, madame", dit-il d’un ton professionnel. Je me mets à rire, la dame me regarde avec haine et tend vers moi son gros bras . Elle a de grands cernes de sueur sous les aisselles. Elle hurle d’une voix aiguë : "Corbeau !" Sa bouche se déforme, révélant les secrets métalliques de sa prothèse dentaire. Un fil de salive coule sur son menton et devient une bave argentée, qui goutte sur la robe à pois. Je continue à rire.
Cette manière de mourir n’est pas tragique, solennelle, douloureuse, mais seulement ridicule. Sur le parvis, dans un triangle de pavé, resté inexplicablement intact, un enfant de trois ans, assis sur une ombre, en dessine le contour de son petit doigt incertain. Il s’arrête juste un instant pour balbutier " maman ". Les ombres sont partout, j’en vois là-bas sur ce qui reste du mur du bar, alignées comme des soldats. J’en vois sur chaque surface restée debout. J’en vois sur le sol. Elles se sont substituées aux morts dans la lumière du soleil, mais dans l’obscurité des maisons écroulées, sous les poutres, sur les blocs de pierre, sous les briques et le ciment, il y a aussi les vrais morts intacts et sanglants. "

C’est également une histoire d’amour entre le narrateur, homme d’âge mûr, porte-parole de l’auteur, déjà gagné par la nouvelle morale qui doit régner dorénavant, faite d’égoïsme et de sang,  et Sylvia (appelée Geiger vers la fin) jeune fille de seize ans qui devient son amante pour le peu de temps qu’il lui reste à vivre.
Le décor est omniprésent avec ses éboulis, ses espaces vitrifiés, ses tunnels de métro effondrés, ses amas de gravas. Les êtres aussi, avec leurs tares atomiques, physiques, psychologiques ou morales. Le désespoir halluciné, la soif intense, les quelques tentatives de reconstruction sociales, le culte de la force, l’ignominie des faibles et la constante recherche de la survie font de ce roman un livre intéressant et un exemple rare de description dans l’immédiateté de l’explosion qui peut se comparer au film de Watkins " la Bombe ".
Les héros parcourent cet univers délabré en un trajet qui, en quelques jours, les transforme, jusqu’à la mort de Sylvia. Ils pensent tout d’abord à se créer un repaire fortifié, sachant que tout le mal affluera à leur porte. Puis, ils vont à la recherche de l’eau, rationnée et rare, polluée de toute façon.
D’où leur rencontre avec les "vers", tronçons humains pensant et glissant ou des travestis inquiétants qui scalpent les femmes pour se revêtir de leurs cheveux ainsi que des aveugles qui essayent désespérément de reconquérir leur vie, et, pour finir, un médecin " philanthrope " soignant avec rien des êtres tarés et condamnés.  Nos héros se dirigent de la périphérie vers le centre de la ville pour se procurer une denrée rarissime supposée les guérir, c’est-à-dire des doses "antirad " à base d’iode mais qui finalement ne leur seront d’aucun secours.
Livre désespéré et désespérant avec la complaisance froide de l’auteur pour les descriptions les plus horribles et les mutilations de tout ordre, " H sur Milan " se situe dans la veine hyper-réaliste du roman apocalyptique.


couverure du roman "H sur Milan"
couverture bien dépouillée dans la célèbre collection "Présence du futur"
 
 
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