Génocides - destination-armageddon

Aller au contenu

Menu principal :

Génocides

les oeuvres > MENACES VEGETALES

Génocides par Thomas Disch., j’ai Lu éd., 1977 ,  1vol. broché, in-12ème, 188 pp. couverture illustrée par Tibor Csernus. roman d’expres sion anglaise (USA)
critique in « Fiction » N°342
1ère parution : 1965.  titre original: The Genocides
menaces végétales



Thomas DISCH

(1940-2008) Ecrivain américain de science-fiction, nouvelliste, critique littéraire, dramaturge et poète. Après ses études et de petits métiers, se mit à la littérature. Nouvelles dans des magazines. Créateur du prix Philip K. Dick. Considéré comme d'un des auteur de la "New Wave". Connu essentiellement pour ses deux grands romans: Génocides et Camp de concentration.


La Terre est entièrement recouverte par la  "Plante" qui draine toute vie vers elle. Les animaux ont disparu, les autres végétaux également. Quant aux hommes, ils ne sont plus qu’une poignée, accrochés à des villages, qui tentent désespérément de subsister à travers la culture du maïs:
"  La Plante exerçait une inlassable pression sur les champs de maïs. Chaque jour, les jeunes enfants du village devaient parcourir les allées du champ pour arracher les pousses jaunâtres qui en une semaine pouvaient atteindre la taille d’un baliveau, et en un mois la grosseur d’un érable adulte.
Maudite soit-Elle! pensa Anderson. Puisse Dieu la maudire à jamais! Mais ce genre de malédiction perdait une bonne part de sa force du fait qu’il était obligé d’admettre qu’à l’origine c’était Dieu qui avait envoyé la Plante. Que les autres parlent des espaces extraterrestres tant qu’ils voulaient. Anderson, lui, savait que c’était ce même Dieu courroucé qui, une fois déversé le déluge du ciel sur une terre corrompue, avait créé et semé la Plante. Il ne commentait jamais cela. Là où Dieu savait se montrer si persuasif, pourquoi Anderson eût-il fait entendre sa voix ? Cela faisait sept ans ce printemps que la Plante avait fait son apparition.
Au mois d’avril 1972, brusquement, un milliard de spores visibles seulement sous les plus puissants microscopes avaient recouvert la planète tout entière, dispersées par la main d’un semeur invisible (et quel microscope, télescope ou radar pourrait rendre Dieu visible ?), et, en quelques jours, chaque pouce de terrain, sols cultivés et déserts, jungles et toundras, avait été revêtu d’un tapis du plus beau vert.
Chaque année qui s’était écoulée depuis, à mesure que la population diminuait, avait acquis plus d’adeptes à la théorie d’Anderson. Comme Noé, c’était lui qui riait le dernier. Ce qui ne l’empêchait pas de haïr, de la même manière que Noé avait dû haïr le déluge et la montée des eaux. Anderson n’avait pas toujours détesté la Plante avec autant d’intensité.
Les premières années, alors que le Gouvernement venait de s’écrouler et que les fermes étaient florissantes, il avait pris l’habitude de sortir au clair de lune pour la regarder pousser. Elle le faisait penser alors à ces projections accélérées sur la croissance des végétaux qu’il avait vues à l’institut agronomique quand il était étudiant. Il avait cru, à cette époque-là, pouvoir tenir tête à la Plante. Mais il s’était trompé.
L’infernal végétal lui avait arraché sa ferme des mains tout comme il avait arraché le village à son peuple. Mais, par Dieu tout-puissant, il récupérerait sa terre. Pouce par pouce. Même si pour cela il fallait  déraciner chaque Plante de ses mains nues. (...)

Le sol était devenu si dur qu’aucune autre végétation n’y pouvait croître. Même les mousses languissaient ici, par manque de nourriture. Les quelques trembles qui tenaient encore debout étaient pourris jusqu’au coeur et n’attendaient plus qu’un coup de vent pour tomber. Les sapins et les pins avaient entièrement disparu, digérés par le sol même qui les avait nourris. , Jadis, des parasites de toutes sortes avaient prospéré sur les Plantes et Anderson avait longtemps espéré que lianes et plantes rampantes finiraient par en venir à bout. Mais c’était tout le contraire qui s’était produit et les parasites pour une raison inconnue, étaient morts.
Les tiges géantes de la Plante s’élevaient à perte de vue, leur cime dissimulée par leur propre feuillage. Leur vert tendre, palpitant, vivant, était immaculé et la Plante, comme n’importe quelle créature dotée de vie, refusait de s’accommoder de toute autre existence que la sienne.
Il régnait dans la forêt une étrange et malsaine impression de solitude. Une solitude plus profonde que celle de l’adolescent et plus implacable que celle du prisonnier. D’une certaine manière, malgré ce déploiement de verdure et de vitalité, la forêt semblait morte. Peut-être était-ce parce qu’on n’y entendait aucun bruit. Les énormes feuilles qui la dominaient étaient trop lourdes et trop rigides de structure pour être agitées par autre chose qu’un ouragan.
La plupart des oiseaux étaient morts. L’équilibre de la nature avait été si totalement bouleversé que même les animaux qu’on n’aurait jamais cru pouvoir être menacés avaient rejoint le nombre sans cesse croissant des espèces éteintes.
La Plante était désormais seule dans ces forêts, et on ne pouvait échapper au sentiment qu’elle représentait une forme de vie à part, qu’elle appartenait a un autre ordre des choses. Et cela rongeait le coeur du plus fort. "

Inexorablement, le nombre d’humains diminue, aidé en cela par de mystérieuses "combustions" - en fait des assassinats -.  Anderson, le vieux,  est le chef d’un de ces villages comptant encore deux cents membres. Ils survivent,  bercés par une morale puritaine, agissant comme si rien ne s’était passé. La rencontre des Anderson et du maigre groupe d’Orville, des fuyards s’éloignant de Duluth incendié, est conflictuelle. La petite amie d’Orville est tuée dans la confrontation. Il ne subsiste plus qu’Orville et Alice.
Orville en voudra à Anderson et fera tout pour  avancer le décès du vieillard. Lorsqu’un incendie ravage la colonie, le groupe de survivants se réfugie dans une grotte. Là, ils se rendent compte que toutes les racines de la Plante, unifiées, s’étendent jusqu’à quatre cents mètres sous terre.  Ils suivent la lumière des racines, se nourrissant de leur pulpe extrêmement nutritive comme des larves lovées dans du bois. Petit à petit, ils dégénèrent et leurs rapports mutuels se font  schizophréniques. Le vieil Anderson meurt ainsi qu’Alice, assassinée par Neil, fou furieux et vexé parce qu’Orville s’apprête à faire main basse sur la colonie. Greta, une autre femme, se gorge tellement de pulpe qu’elle en devient monstrueuse et incapable de bouger dans sa racine.
La Plante  avait été semée sur Terre par de mystérieux Extraterrestres (nous ne connaîtrons jamais rien d’eux)  décidés à transformer la planète en un jardin à leur convenance , se souciant autant des humains que de la vermine. Finalement, est arrivé pour eux le temps de la récolte et ils aspirent la pulpe des racines dont ils se servent. En bons jardiniers, ils mettent la Terre en jachère pour de nouvelles semailles. Le dernier couple de terriens, Orville et Blossom, sera définitivement condamné sur une terre rendue totalement stérile.
Excellent roman, très original avec une analyse fine de la psychologie des personnages, avec du suspense et un climat de désespoir sombre qui s’accentue jusqu’à l’horreur. L’accent est mis sur le côté tragique, implacable d’un avenir  effrayant où les êtres humains cèdent leur niche écologique à plus forts qu’eux. A rapprocher du  " Monde vert " de Brian Aldiss.


couverture du roman "Génocides"
couverture du roman en édiion de poche, illustration de Csernus
 
 
Retourner au contenu | Retourner au menu