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Et l'homme tua la femme

les oeuvres > GUERRE DES SEXES, MATRIARCAT

Et l’homme tua la femme par Pierre Roudy, Editeurs français réunis, 1980, 1 vol. broché, in-octavo, 221 pp. couverture muette. roman d’expression française
1 ère  parution : 1980
guerre des sexes, matriarcat


Pierre ROUDY

(1929-2012) Ecrivain français. Universitaire, auteur dramatique dirigeant l'Ecole du Spectacle de la rue Blanche. Epoux de l'ancienne femme-ministre Yvette Roudy. De nombreux romans et adaptations théâtrales.

Monsieur et Madame arrivent par train en une grosse bourgade pour se recueillir sur la tombe de leur fils tué ici il y a deux ans dans un accident de moto. On pensait à l’époque qu’une femme folle s’était jetée sous ses roues. Lui, il est Chef de bureau, distingué, conventionnel, respectueux de l’ordre. Elle, elle est une épouse dans sa maturité. Il fait chaud, ils ont soif. S’adressant à l’unique restaurateur ouvert pour avoir le gîte et le couvert, ils s’aperçoivent dans un malaise grandissant que, en fonction d’un règlement étrange, sa femme n’a droit à rien, ni à boire, ni à manger, ni à se loger.
Aucune de leur tentative auprès du commissaire, du curé, des citoyens n’est couronnée de succès. Ne pouvant repartir le soir même, leur seule alternative est de passer la nuit dehors dans le vent et la pluie ou… que Monsieur se désolidarise de Madame en l’abandonnant. Cette situation conflictuelle ravive les frustrations passées, tous les non-dits, les ratés d’une longue vie commune qui se cristallisent en haine. Au petit matin les autorités qui régissent le bourg donnent le coup de pouce final : ils droguent Madame qui s’endort dans un renfoncement de porte, récupèrent Monsieur, l’installent respectueusement à l’auberge, en lui expliquant l’incroyable vérité :
" - Je n’y comprends rien, dit le monsieur. – Ce serait la fin de notre monde, monsieur, si nous acceptions des femmes à nos tables. D’ailleurs, vous avez constaté que personne n’a voulu vous entendre. Vous avez tenté de graisser la patte aux uns et aux autres. Ce fut peine perdue, pas vrai ? Accepter une femme chez soi dans les conditions que vous souhaitiez, c’est la chose interdite chez nous. Notre société  ne peut admettre ça. C’est une offense grave, et envers notre communauté et envers nos principes. – Et envers Dieu, dit le curé. – Je n’aurais jamais pensé que Dieu pouvait être de la partie, dit le monsieur, hargneux. Le commissaire prend un visage solennel : -Monsieur, dit-il, nous respectons les opinions religieuses ou antireligieuses de tous. La seule chose que nous refusons, c’est de voir des femmes envahir notre monde  (…)
- Mais enfin, ce sont des êtres humains, des êtres dotés de sensibilité, de raison… - Nous ne sommes pas sûrs de ce que vous venez d’affirmer. Nous n’en sommes pas sûrs du tout. Un de nos grands médecins a dernièrement soutenu une thèse qui est fondée sur des observations étonnantes
.
D’après lui, la femme serait un réceptacle de raison et de sensibilité. Elle aurait pour raison d’être –si je puis me permettre-  de recueillir le trop-plein de notre raison et de notre sensibilité sans être capable d’en sécréter elle-même…. Son essence psychique serait une sorte de miroir de l’homme, sans vivre une réalité autonome".

Les femmes mises hors la loi seront soumises à l’esclavage et à la reproduction sélective dans un quartier ghetto de la ville basse. Les hommes se sont décidés coûte que coûte d’éliminer le danger que représente la présence des femmes dans le monde. Leur mouvement d’idées fait tache d’huile :
" D’ailleurs nous ne sommes pas les seuls à être parvenus à des conclusions analogues. Savez-vous qu’en Allemagne il y a déjà une bonne quinzaine de communautés qui ont adopté nos principes ? – En Amérique aussi, m’a-t-on dit. – Oui, c’est exact, en Amérique aussi mais ce n’est pas de ce côté qu’il faut porter nos regards. En Amérique, il y a de nombreuses sectes qui commettent des excès et cela risque de compromettre le mouvement. L’Allemagne, c’est plus sûr. D’ailleurs, l’Allemagne offre un terrain particulièrement propice. Nous disons que nous accordons du prix à la force virile, nous mettons en avant la volonté, le travail et la joie, cela ne peut que nous attirer les sympathies de beaucoup. "
Ils agissent en cooptant les hommes les plus influents. C’est pourquoi, la mort du fils de Monsieur n’a pas été le fait du hasard mais orchestrée pour attirer son père vers la ville dans le but d’arracher sa participation à la grande remise en ordre de la société.
Monsieur accepte le marché. Sa femme, sortie de l’abrutissement liée à la drogue fait la rencontre d’autres malheureuses qui désirent l’aider à s’enfuir de ce lieu maudit. Elles la guident en direction de la grand’route tandis que des citoyens mâles les poursuivent avec l’aide de chiens spécialement dressés. Hélas! Elle se jettera sous la première automobile venue. Ce n’est vraiment pas de chance puisque le conducteur en est son propre mari missionné par les autres pour répandre la bonne parole à travers le pays.
Un roman ressemblant à une  pièce de théâtre qui exploite le thème des difficiles rapports entre hommes et femmes grossissant le malaise jusqu’à évoquer l’idée d’une conspiration universelle contre le sexe faible.


couverture du roman "Et l'homme tua la femme"
couverture muette d'un roman au titre si suggestif
 
 
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