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Encore un peu de verdure

les oeuvres > MENACES VEGETALES

Encore un peu de verdure par Ward Moore, 1975, Denoël éd., coll. " Présence du futur ", N°194 , 1 vol. broché, 249pp. couverture muette. roman d’expression anglaise (USA)
critique in « Fiction » N° 261
1ère parution: 1947   titre original: Greener than you think
menaces végétales



Ward MOORE

(1903-1978) Ecrivain américain (Canada et New York) Intéressé très tôt par l'écriture. Ses genres préférés sont l'uchronie et le roman-catastrophe.  (Contes et nouvelles post-cataclysmiques)

Se pourrait-il que l’humanité disparaisse un jour, envahie, déborée, étouffée par l’herbe? Cette question peut paraître bouffonne, car on a du mal à imaginer qu’une plante aussi simple et commune puisse venir à bout de l’espèce humaine. Pourtant l’invasion lente, implacable de l’océan de verdure grignote lentement la place dévolue à l’être humain. Celui-ci poursuit malgré tout sa vie quotidienne faite toute de mesquineries, de soif du pouvoir, de jalousies, d’inconscience devant le péril,  de divisions...
Tout commence par la découverte inoffensive d’un engrais, le "Métamorphosant". En dehors de l’herbe, véritable personnage du récit, le premier rôle est assumé par Albert Weener, représentant plus ou moins raté qui utilise le Métamorphosant au "Cynodon Dactylon" dont il fait sans le vouloir l’ennemi invincible de l’humanité.
A partir de là, la vie de Weener est indissolublement liée à l’herbe. Elle fait de lui un journaliste médiocre mais célèbre puis, par le jeu des actions de la Consolidated Pemmican, l’homme le plus riche du monde.  Autour de Weener, gravitent une série de personnages plus ou moins falots, plus ou moins mégalomanes, comme un rédacteur en chef au nom inénarrable de W.R. l’Effacasé, bourru et efficace, et dont le rêve est de se retirer pour lire en paix les oeuvres de Thomas Hobbes.
Le début de la catastrophe est comique avec les démêlés de Mrs Dinkmann et de sa pelouse où tondeuse, faux, feu, pétrole, dynamite, chars d’assaut se cassent successivement les dents. Cela ne vaut guère plus qu’un article dans la feuille de choux de l’Effacasé. Rapidement, le sourire se fige devant l’invulnérabilité de l’herbe qui envahit la ville, la recouvre jusqu’au dessus des immeubles et semble envoûter certains humains qui s’enfoncent en son sein pour se fondre en elle. Une fois de plus les hommes ont sous-estimé le péril en continuant de mener leur petite vie tranquille. La fortune de Weener se développe parallèlement à la progression de l’herbe comme si le destin voulait laisser face à face l’homme le plus puissant et l’herbe. Certes, il y a des répits, comme celui apporté par le sel qui semble pour un temps pouvoir stopper la progression de la marée verte. Mais ce n’est qu’un répit. Et pour comble de malheur et de dérision, voilà l’URSS, qui profitant de l’affaiblissement des Etats-Unis, tente d’envahir le continent nord-américain.
Heureusement l’herbe sauve le pays,  momentanément. Elle reprend aussitôt sa marche triomphale, anéantissant la civilisation, faisant sauter les contraintes sociales, les tabous, au point que «tant de gens accomplissaient des actes illégaux pour trouver un appui dans les prisons que l’on finit par ne plus retenir que les meurtriers et les assassins», le plus souvent "exécutés le soir même" pour libérer les cellules. L’herbe devient même une nouvelle religion dont le proète frère Paul proclame: " Donnez votre âme au Christ et votre corps à l’Herbe ".
A mesure que l’espace dominé par l’homme se rétrécit, l’action s’acélère, devient haletante, le récit se simplifie. Dernier rempart d’une humanité condamnée, l’Angleterre tombe à son tour. Il ne reste plus qu’une sorte d’arche de Noé moderne, avec à son bord Weener qui continue sa lutte contre l’Herbe, quelques savants et cinquante jeunes femmes (il faudra bien repeupler):
" Je me suis attardé longuement devant la porte de la cabine-laboratoire, à écouter les rires, les hurrahs, les exclamations de triomphe... qui, j’en suis persuadé, annonçaient un indéniable succès. Mais... L’Herbe a trouvé un nouveau joint entre les lattes du pont. "

«Encore un peu de verdure» est l’un de ces rares romans mettant en scène un dérèglement de la végétation. Ici, point d’effets spectaculaires dans la description de la catastrophe ni de descriptions dramatiques comme dans "le Nuage pourpre" ou "le Marteau de Vulcain". C’est l’horreur au quotidien par l’étouffement et la prolifération. Annonçant le roman écologique ("le Troupeau aveugle", "la Fin du rêve "), le récit de Moore est l’un des  premiers à se poser la question de l’interdépendance des écosystèmes.


couverture du roman "Encore un peu de verdure"
couverture du roman paru chez Denoël, dans la collection "Présence du futur"
 
 
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