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En pleines perturbations cosmiques

les oeuvres > MENACES COSMIQUES

En pleines perturbations cosmiques  par Arthur Togab, pp. 259 – 332, Librairie V. Roger éd., 1911, 1 vol. broché, in "Fantasies fantastiques",  recueil de nouvelles, 336pp. couverture muette. nouvelle d’expression française
1 ère parution : 1911
menaces cosmiques

Arthur TOGAB

Pseudonyme de Arthur BAGOT. Ecrivain français de la 1ère moitié du XXème siècle (dates biographiques inconnues). Poète, romancier, nouvelliste et régionnaliste. Receveur des postes. Habitant à Paimpol. Auteur-éditeur. Ecrivain ignoré aujourd'hui.

Un jeune couple, dans une maison qui respire le bonheur, située près de Fos sur mer, dans le sud de la France. Elle, avec amour et tendresse, élève ses deux petites filles jumelles , et un nourrisson. Lui, investi de son devoir paternel, veille jalousement sur leur bien-être Or, ce soir-là, et bien que l’on soit proche du printemps, un froid terrible, intense, les réveille. Les enfants pleurent de froid.
Avec un violent effort sur lui-même, le père sort de son lit et constate de signes inquiétants : le thermomètre – qui descend normalement à moins trente degrés- a volé en éclats, l’eau, dans les verres, s’est transformée en bloc de glace. Le froid est si intense que le père se résigne à sortir de la maison pour rapporter quelques bûches. En poussant les persiennes, le métal des fenêtres est si glacé que sa peau y reste accrochée. Dehors, c’est toujours la nuit noire, mortelle. Il ne reconnaît pas les constellations familières du ciel. Au contraire, des constellations nouvelles, étrangères, luisent d’une manière sinistre :
« Sous une dense grappe d’astres auquel nul n’eût été capable d’attribuer un nom, planait un météore composé de six petits disques symétriques, piqués à égale distance d’un globe dont le cercle d’illumination paraissait égaler l’orbe que naguère nous désignions poétiquement sous le nom de Séléné. Ce foyer central épandait des ondes lumineuses changeantes, tantôt pourpres, tantôt opalines. Sa zone équatoriale était rayée d’un anneau présentant quelque analogie avec celui de saturne captif au réticule d’un puissant cristal. Des petits disques qui lui servaient en quelque sorte de pignons, les uns étaient verdâtres et marbrés de facules blanches, les autres roses. A vue d’œil le diamètre de ces satellites étaient inférieur d’un quart à celui du corps dont ils recevaient l’impulsion(…) Au zénith resplendissait, clef de voûte fascinatrice, une constellation hélicoïdale dont chaque unité – j’en comptais seize- dépassait en éclat Sirius. Dans la portion du firmament d’où, jusqu’à ce jour émanait la vie, persistaient des ténèbres de caverne(…)« des six disques que j’étais certain d’avoir comptés, quelques minutes avant, quatre avaient tout à coup volé en morceaux, de telle sorte que le globe, pistil de cette extraordinaire fleur astrale, entraînait maintenant, en guise d’étamines, une multitude de corpuscules. La coloration des satellites rompus s’était également modifiée et, du vert et du rose, avait passé au rouge, - pas le rouge aveuglant des métaux prêts à fuir dans un moule, mais celui plus sobre, comme pailleté d’or, des jeunes feuilles de nénuphar lorsque, avril jasant, elles essaiment sous l’instable miroir de l’eau. Les deux astéroïdes subsistants n’avaient rien perdu de leur aspect primitif ; mais tout portait à croire que, sous peu, ils allaient subir une dissociation analogue à celle de leurs congénères. En effet, le phénomène se produisit avec accompagnement d’auréoles orange, une dispersion d’éventails paraboliques argentés. »
Il ne s’attarde pas au-dehors car il sait qu’il ne peut résister au froid. La flambée épuisée, le jour tarde à se lever. Le froid ne diminuant pas, à l’intérieur de la maison, il faut se préparer à subsister. C’est pourquoi, pour que Julienne son épouse, Marguerite et Renée, les deux jumelles, puissent être mises hors de danger et chaudement vêtu, le père se décide à ressortir pour aller au centre du village. Partout règne la même sinistre ambiance, comme si quelque cataclysme cosmique s’était déclenché. Tout semble paralysé et ce ne sont pas les paroles de M. Mamert, le receveur des postes, qui le calmeront. Celui-ci prétend que, quelque part, les pôles de la terre ont dû se déplacer :
«Les rares télégrammes que j’ai reçus de Paris, à l’ouverture, et qui tous avaient trait à cette perturbation effroyable, signalaient des points les plus divers de la planète, des résultats identiques : « Déconcertantes dépressions du baromètre…, affolement de l’aiguille aimantée ; l’orient reste inactif. » Chacun se perd au champ sans bornes des conjectures ; les célébrités astronomiques sont à quin. C’est par milliers que l’on compte les cas de décès subits attribuables à ce maudit abaissement de température. A la suite d’une secousse comme jamais encore n’en a enregistré mémoire d’homme, le globe terrestre a dû subir un formidable déplacement…Déplacement des pôles…
-Erreur, cher monsieur Mamert. Dans ce cas, en effet, nous continuerions à bénéficier, de près ou de loin, à l’influence souveraine du soleil. Tout porte à croire qu’il s’est plutôt produit une soudaine déroute dans le sens de notre orbite. »
Heureusement, le jour pointe, avec la lumière et la chaleur, faisant craquer la glace de la rivière gelée. Mais là encore, c’est un faux espoir. En lieu et place d’un chaud soleil, une nappe de feu se lève à l’horizon. L’éclat en est intolérable et la petite famille sait maintenant que la terre, proche d’un soleil inconnu, s’achemine vers sa totale destruction :
« Le limbe de l’astre venait d’émerger des imprécises vagues du brouillard. Il n’avait pas sa douceur habituelle , le premier rayon matinal ; tel un jet de lave épandu d’une secousse, il térébrait pour ainsi dire, chacun des corps sur lesquels bondissait sa lumière aveuglante ; il n’était plus nourricier, mais consomptif ; plus accompagné d’ombres lavées d’or et de lapis, mais d’un extraordinaire flux de couleur analogue à celle que prend l’onde sous le brusque écrasement des myriades de murex (…) Machinalement j’avais ramené l’une des persiennes pour mettre, entre cet astre horrible et nous, une sorte de bouclier. Lui, surgissait avec une implacable furie, aspirant la mer, faisant crépiter l’herbe et la pierre, fendant le sol, accueilli, de tous côtés, par des hurlements.(…) La chaleur devenait insoutenable. Devant nous, les persiennes, comme sous la fièvre de mille cisailles, éclataient. La maison se transformait en fournaise. Au-dehors, le cataclysme se déchaînait dans toute son horreur.
« Julienne, oh ! que tu dois souffrir !
»
Pas de réponse, mais ses yeux, toujours ouverts sur les miens, avaient pris une fixité terrifiante. Les plaintes des fillettes avaient cessé. »
Une nouvelle d’un auteur parfaitement inconnu, à l’inventivité formelle extraordinaire, desservie par une volonté systématique de « faire du littéraire ». Gageons que le style amphigourique et précieux, un vocabulaire incompréhensible pour le lecteur d’aujourd’hui (quelques exemples:muges–adamantin-banne-honde-margolins-falourdes-jonchots–estagnon  de luciline – guillochis-zinzoline…) ne rendront pas cette œuvre pérenne..




illustration couleur tirée de la revue "la Baillonnette"
quatrième plat d'un numéro de la "Baillonnette" consacré aux ravages à venir
 
 
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