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En plein soleil

les oeuvres > MENACES COSMIQUES

En plein soleil par Robert Duncan Milne, paru in journal " L’Argonaut " , 1882. nouvelle d’expression anglaise (USA). rééditée et traduite par Marc Madouraud in " le Bulletin des Amateurs d’Anticipation Ancienne " N° 31, mai 2003 et dans la collection "Ides et Autres" de Bernard Goorden
1ère parution : 1882   titre original : into the sun
menaces cosmiques

Robert Duncan MILNE

(1844-1899) Ecrivain américain de science-fiction dont les oeuvres (plus de soixante récits) furent publiées dans des journaux et magazines (The Argonaut) Totalement oublié, il fut redécouvert par l'historien de la SF Sam Moscowitz et certaines de ses nouvelles assemblées en un recueil (Into the sun and other stories).

1883 à San Fransisco. A l’occasion de l’arrivée d’une comète dans le système solaire, le docteur Akwright et le narrateur discutent de l’influence des astres vagabonds  surtout lorsqu’ils passent trop près du soleil. D’après le docteur, l’apport de masse généré par la comète pourrait avoir des conséquences dramatiques sur l’échauffement du soleil et, par conséquent, sur la température terrestre :
« La lumière et la chaleur de notre astre seraient multipliées par cent, voire par mille, selon la nature de la collision. On peut imaginer une combustion si intense qu’elle évaporerait tous nos océans, en moins d’une minute, ou même volatiliserait la matière solide de notre planète en moins de temps que cela, comme une goutte de mercure dans une chambre à air chaud. »
Cette conversation n’est pas innocente. Le Dr. Akwright, étant allé contrôler un ballon destiné à une ascension imminente dans les jardins de Woodward, aperçoit, de retour chez lui, une lueur immense et générale dans le ciel nocturne, identique à une aurore boréale. Les deux amis évoquent toutes les causes possibles de l’éclairement : un gigantesque incendie au Canada ou des villes ravagées par le feu. Mais la conclusion , beaucoup plus tragique, s’impose d’elle-même : c’est le soleil lui-même qui est cause de l’arc lumineux gigantesque, un signe avant-coureur de ce qui attend le continent américain dès le lever du jour. Vraisemblablement, les sinistres hypothèses liées à la comète se sont réalisées : la visiteuse a été absorbée par le soleil, dont elle a élevé la température, ce qui menace la terre. Des télégrammes de presse, en provenance du monde entier, corroborent les faits. Partout la chaleur progresse, partout des incendies font rage, partout les morts se comptent déjà par milliers :
« LONDRES, 7h 45. Depuis cinq minutes, la chaleur du soleil est devenue intolérable. Les activités ont cessé. Des gens tombent raides morts dans la rue. Le thermomètre est passé de 11 à 45 degrés centigrades. La température monte encore. Un message de l’observatoire de Greenwich annonce… - La dépêche s’arrête brusquement à cet endroit, précisa le rédacteur. Et l’opérateur de New-York ajoute : - Message coupé. Rien de plus par le câble. Alerte extrême partout… »
Akwright suppose que personne ne réchappera à l’enfer déclenchée par l’irruption de l’aube, lorsque le soleil frappera la terre en direct. Il suggère la seule possibilité pour lui et son ami, soit de prendre le ballon ascensionnel pour s’élever dans la haute atmosphère moins conductrice de chaleur et y survivre, peut-être.
A la fin de la nuit, en ville, l’effroi est à son comble. Des milliers de gens ont quitté leur domicile , des alertes au feu éclatent partout, des magasins sont pillés, des gens sont rudoyés ou prient à même le trottoir. La température montant rapidement, les deux amis gagnent l’ère de lancement, lâchent les amarres et grimpent dans le ciel. Ils savent que leur vie ne tient qu’à un fil mais désirent, avant de mourir, satisfaire leur curiosité.
Ils aperçoivent la cité, totalement paralysée. Quand l’aube commence à flamboyer violemment, la chaleur progresse encore, même dans les hauteurs. Transpirant abondamment, ils aperçoivent de petites silhouettes :
« trapues et noiraudes, remuer, tomber, et rester étendues dans les rues. En bas du front de mer, les quais étaient constellés de corps nus ou quasi-nus, qui baignaient dans l’eau et restaient immergés, à l’exception de la tête, quoique celle-ci disparût sous la surface par de brefs intervalles. Des milliers de personnes occupaient ainsi cette position. Le spectacle aurait atteint le comble de l’absurde et du grotesque s’il n’avait pas été aussi terrible par son caractère lugubrement suggestif. »
A sept heures du matin, la chaleur insoutenable les oblige à jeter du lest. Ils entrent dans une brume de chaleur épaisse due à l’évaporation des plans d’eau, ce qui les isole du monde. Akwright sait que ce n’est qu’un sursis, car la tranquillité n’est qu’apparente. Bientôt de gigantesques masses d’air se mettront en mouvement, les précipitant à terre. Personne sur terre ne réchappera à cette catastrophe généralisée.
L’air chaud commence à se mouvoir et une terrible bourrasque déséquilibre brusquement le ballon. Au deuxième coup de boutoir, Akwright passe par-dessus bord, le ballon étant violemment entraîné vers le bas, hors de la brume. Le narrateur eut encore le privilège d’observer les effets de la catastrophe avant de mourir lui aussi :
« Par les trouées mouvantes des nuages de vapeur qui obscurcissaient la scène, j’entrevis un spectacle qui m’emplit d’une indicible et indescriptible horreur. A l’ancien emplacement de la ville, on ne pouvait plus discerner ni rues ni immeubles. L’œil n’avait plus rien sur quoi s’attarder, si ce n’était des tas informes et irréguliers de scories vitrifiées et de cendres calcinées. Tout apparaissait, dans un mortel silence, aussi ravagé que la surface de la lune.(…) Ca et là, une lueur rouge sombre, d’aspect menaçant, prouvait que la lave en laquelle la ville avait été transformée était encore incandescente.. A l’Ouest, les dunes de sable brillaient comme des glaciers ou des miroirs ternis à travers les déchirures de la vapeur, et de longues masses informes – apparemment constituées de bois calciné - parsemaient la surface de la baie. »
Une nouvelle méconnue que Marc Madouraud a eu raison d’exhumer. L’assise scientifique solide et rigoureuse souligne de manière permanente l’horreur d’une situation vécue au sein d’une catastrophe VRAIMENT universelle. Un beau texte se positionnant en plein dans notre thématique
.


illustration en couleurs montrant la Seine asséchée par un soleil immense
la Seine asséchée, Paris brûlé. Illustration tirée de "Paris-Match"
 
 
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