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En approchant de la fin

les oeuvres > L'APOCALYPSE REALISEE

En approchant de la fin par Andrew Weiner, Gallimard éd. , 2000, col. " Folio SF " N°106, 1 vol. broché, in-12 ème , 334pp.couverture illustrée par Eric Scala. roman d’expression anglaise (Canada)
1 ère  parution : 1981   titre original : Getting near the End (d’abord écrit sous forme de nouvelles)
l’apocalypse réalisée


Andrew WEINER

(1949)Auteur anglais vivant au Canada. Romancier. Ecrit des textes de SF dans la tradition de Sturgeon ou de Colin Wilson, textes spéculatifs à la tonalité douce-amère, centrés autour des thèmes de l'altérité, du succès, de la folie.

Martha Nova possède un don rare : elle est en phase avec son public. Cette chanteuse suscite un engouement immédiat auprès des jeunes qui adoptent sa tenue vestimentaire, fredonnent ses airs et se réunissent en masses de plus en plus nombreuses à chacune de ses apparitions. Ils se donnent comme nom « les Enfants de la Nuit » :
«Partout on adorait la chanteuse,  à Tokyo et à Stockholm, à Belfast et à Winnipeg, à Séoul et à Reyjavik. A seulement trente-trois ans, elle était devenue la chanteuse la plus populaire de tous les temps. »
Découverte par le manager Abe Levett, sa notoriété s’est amplifiée jusqu’à inquiéter « le Bureau de la santé psychique» qui régit cette société  fin de siècle. La guérilla urbaine qui sévit dans chaque mégapole, la pollution des cités, l’abus de tranquillisants, les déviances de toute nature ont suscité un gouvernement proche du fascisme qui surveille tout et tout le monde, interdisant toute liberté individuelle :
« D’une certaine façon, le monde était déjà fini. Nous l’avons détruit. Affliction et effroi sévissent partout. Regardez les guerres, la pollution, la pauvreté, la violence. Les hôpitaux psychiatriques sont pleins, des millions de personnes sont sous traitement, nous n’en pouvons plus, nous ne pouvons plus supporter cette réalité qui est la nôtre. Tout est fini. Nous le savons, mais nous ne parvenons pas encore à l’admettre. Il nous faut un ultime flash. Et il arrive, il est là. Les événements commencent à s’enchaîner très rapidement.»
Martha évolue dans la société, de plus en plus effrayée par un don qui lui permet d’apercevoir l’avenir. Un avenir effrayant et sombre qui annonce la fin de ce monde, l’apocalypse qui se réalise en un renversement de toutes les valeurs. Au-delà d’un certain point, elle se voit elle-même face à sa propre mort mais reste impuissante devant ce futur possible. Abe, devenu richissime grâce à elle, prend peur après la visite des « inspecteurs de la santé mentale » pour lesquels Martha représente un immense danger en ce qu’elle fascine les foules des « Enfants ».
Peu de temps après, la chanteuse fait la connaissance de Robert Duke, un « crooner » sur le déclin pour qui elle se prend d’affection. Il deviendra son amant, subjugué lui aussi par le charisme qui émane de sa personne. Parallèlement à la vie de Martha, le lecteur suit les péripéties des trois astronautes que l’on a envoyé sur Mars : Wyatt, Fulber et Jake Denning :
« Ils recevaient toujours des infos en provenance de la Terre. Même trafiquées comme elles devaient l’être, les infos étaient de toute évidence mauvaises. La situation économique était catastrophique. Les cités étaient transformées en camps retranchés, les fous couraient les rues, le crime devenait encore plus incontrôlable, une mini-guerre nucléaire avait secoué l’Inde et le Pakistan. Les guérilleros du Sentier Lumineux étaient aux portes de Mexico. »
Le voyage ne se passe pas dans les meilleures conditions, leur cohabitation forcée et la longue traversée du système solaire les perturbent profondément. Wyatt s’égare volontairement dans une grotte martienne et Fulber déraisonne tellement sur le chemin du retour, voulant précipiter le vaisseau dans le soleil, que Jake se voit obligé de le tuer. Seul astronaute à revenir sur terre, Jake Denning est la clé de toute l’intrigue et à la base de la métamorphose sociale qui précipitera la fin de « l’Ancien Monde ».
En réalité, il revient sur terre possédé par l’esprit d’un Martien, qui s’appelle « l’Aleph », sorte d’entité psychique mystérieuse, aux pouvoirs surhumains, capable de transcender le temps et l’espace, que Denning a rencontré dans la grotte lorsqu’il s’apprêtait à secourir Wyatt :
« Regarde, dit Wyatt. Regarde ceci. Denning regarda. Et pendant un moment, il vit, il perça la toile de la vérité. Il n’y avait pas de Wyatt, ni de martien, ni de rivière, ni d’arbres, ni de barge, ni de grotte. Il n’y avait que la lumière. D’omniprésentes vagues d’une lumière éclatante. «Qu’est-ce que c’est ? dit-il, en clignant des yeux pour se protéger de l’éblouissement.
-La vérité, dit Wyatt. Celle qui sous-tend toute chose.
La lumière de la création. La conscience disséminée dans toute la matière. Emprisonnée là jusqu’à l’apocatastase, la révélation de tous les secrets. La restitution de la matière au divin, et l’accumulation de toute consistance. Les juifs l’appelaient tikkun. »
Ainsi, l’Aleph a choisi pour ange de la mort, Martha. C’est lui qui, dans le passé de la chanteuse, lui a offert le don de lire l’avenir ainsi que son charisme musical sur les foules. C’est encore lui qui, au cours d’une soirée de gala, sous la forme de Denning - alors que son double voyageait sur le chemin du retour - deviendra le père de Daniel, le fils mystérieux de Martha, également muni du précieux don. C’est enfin lui qui, de retour sur terre, relancera une dernière fois le don d’une Martha devenue vecteur de « dissolution sociale » juste avant sa disparition.
En cette ultime soirée, sans que rien ne soit visible, tout s’est trouvé radicalement transformé : la police de la santé mentale semble être frappée d’impuissance partout dans le monde tandis que  la mentalité de toute l’humanité semble s’être métamorphosée en « autre chose » grâce à l’action des « Enfants » de Martha.
Un récit à l’ambiance crépusculaire d’une fin du monde en demi-teinte. La forte personnalité de Martha Nova (un nom et un programme), le désarroi de Levett, « l’inquiétante étrangeté » de Denning, rajoutent à l’intérêt de l’intrigue. Quant au rôle de « l’Aleph », inattendu dans ce contexte, il explique rationnellement ce qui apparaît de prime abord comme d’origine mystique. Un roman original.


couverture du roman "En approchant de la fin"
Edition de poche pour ce roman en "folio SF"
 
 
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