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Dr. Bloodmoney

les oeuvres > SOCIETES POST-CATACLYSMIQUES 1

Dr Bloodmoney par Philip K. Dick, J’ai Lu éd., 1974, 1 vol. broché, in-12ème, 312 pp. couverture illustrée par Tibor Csernus. roman  d’expression anglaise (USA)
1ère parution: 1965  titre original: Doctor Bloodmoney or how we got along after the Bomb
sociétés post-cataclysmiques 1


Philip K. DICK

(1928-1982) Ecrivain américain hors normes, longtemps non reconnu à sa juste valeur. Passion pour la musique et Lovecraft. Vendeur de disques. Influencé par les pulps. Vie familiale et sentimentale perturbées. De nombreuses épouses. Tendance paranoïde accentuée par la prise continue de drogues lui servant également de source d'inspiration. Soupçonné de gauchisme. En continuelle interrogation sur la nature de la réalité (thème du simulacre). Dérive vers le mysticisme. Une écriture souvent sombre, des interrogations sur la nature des êtres qui influenceront le courant Cyberpunk. Toute sa vie il s'est intéressé à la SF comme moyen d'exorciser ses démons. Prix Hugo. Une énorme influence sur la SF européenne. Une quarantaine de romans, 5 recueils de nouvelles, une oeuvre non encore complètement explorée. Création de son propre prix littéraire.

Dr Bloodmoney ou la vie quotidienne après la catastrophe nucléaire qui frappe la Californie dans la région de San Francisco . Le récit est centré sur un groupe de personnages dont le destin s’entrelace au fur et à mesure que se développe la tragédie. Ils se connaissent parce qu’ils habitent la même rue ou parce que, après l’effondrement du système social, ils se retrouvent dans la même communauté de survivants.
Il y a tout d’abord le Dr. Bluthgeld (Dr. Bloodmoney). Personnage étonnant qui a assumé des formations scientifiques et a été responsable en partie de la pollution atmosphérique dans cette région. La catastrophe nucléaire le plonge dans une paranoïa profonde avec un immense sentiment de culpabilité. Il se croit le seul coupable du déclenchement des hostilités:
" Il (= Bluthgeld) s’immobilisa. Planté là, au milieu d’un croisement, contemplant la rue latérale qui plongeait dans les ténèbres, puis se tournant vers la droite où elle remontait et cessait net comme si on l’eût tordue et rompue, il constata avec stupéfaction - et il ne trouva pas d’explication immédiate dans l’arrêt subit du fonctionnement de quelque organe particulier- que des crevasses s’étaient ouvertes. A sa gauche, les bâtisses s’étaient fendues. Il y avait des fissures anguleuses, comme si la plus dure des matières, le béton même qui soutenait la ville, qui constituait les rues et les maisons, s’était désintégré. "
Handicapé physique sans bras ni jambes, victime de la Thalidomide, le phocomèle Hoppington est une autre figure marquante du récit. Empli de haine envers la société et doué de pouvoirs psy étendus, télépathie et vision de l’avenir, il prendra une revanche éclatante, en devenant le personnage le plus important de la communauté établie au nord de San-Francisco. Génie technique, il est le " dépanneur " indispensable. Il est surtout celui qui essaiera de remplacer le cosmonaute Walt Dangerfield , personnage stupéfiant du récit.
Juste avant le cataclysme, la NASA a essayé d’envoyer vers Mars un couple d’astronautes, muni de toutes les provisions nécessaires pour tenir une dizaine d’années. Le voyage tourne court, les relais au sol étant anéantis, les deux cosmonautes n’ayant eu que le temps d’atteindre l’orbite de la Terre, autour de laquelle ils seront condamnés à tourner jusqu’à leur mort. Celle-ci survient très vite pour la compagne de Dangerfield. Ce dernier se retrouvera seul à bord de la capsule-fusée pour l’éternité. Restant l’unique dépositaire des biens technologiques et pouvant entrer en contact radio avec les quelques communautés éparses dans le monde encore aptes à communiquer avec lui, il assure désormais un rôle de vigie en  prodiguant conseils et tuyaux, passant des disques de musique ancienne. Il est amusant, disponible, indispensable et sera écouté à l‘égal d’un prophète:
" Il fit un geste. Qu’est ce qu’avait donc de spécial ce Dangerfield, qui les survolait tous les jours dans son satellite ? Eh bien, il était leur liaison avec le monde... Dangerfield regardait en bas et voyait tout, la reconstruction, les changements bons et mauvais. Il écoutait toutes les émissions, les enregistrait, les classait et les rediffusait, si bien qu’ils étaient unis par son intermédiaire."
Certains ne l’aiment pas. Comme Bluthgeld par exemple, qui essaiera sur lui ses capacités psy pour le décider à déclencher la mise à feu de missiles encore opérationnels. Bludgeld mourra assassiné par Hoppington.
Le phocomèle, grâce à ses connaissances technologiques et psychiques, désire substituer sa voix à celle du cosmonaute pour acquérir un pouvoir absolu sur les autres. Heureusement Bill veille. Bill, c’est le frère jumeau d’Edie, une petite fille de la communauté. Bill c’est une sorte de larve qui survit dans le ventre d’Edie, en communication télépathique constante avec les morts:
«  Ne t’inquiète pas pour moi, dit soudain Bill. (Il s’était réveillé, ou alors il avait fait semblant de dormir.) Je sais beaucoup de choses, je peux me débrouiller tout seul. Et je te protégerai aussi. Tu devrais plutôt te réjouir de ma présence parce que je peux... mais non, tu ne comprendrais pas. Tu sais que j’ai le pouvoir de voir tous ceux qui sont morts, comme l’homme que j’ai imité. Eh bien, il y en a des tas, des milliards et des milliards de milliards et ils sont tous différents. Dans mon sommeil, je les entends murmurer. Ils sont toujours tout autour. - Autour ? Où ? - Au-dessous de nous. Dans la terre. - Brrr! fit-elle. Bill rit. - C’est la vérité . Et nous y serons aussi. Maman et papa et tous les autres. Tout le monde, et tout le reste est là, les animaux compris. Ce chien y est presque, celui qui parle. Pas encore là, exactement, mais c’est la même chose. Tu verras. "
Il est le résultat d’une des nombreuses mutations dues à la radioactivité. C’est Bonnie, la mère d’Edith, nymphomane notoire, qui a conçu cette monstruosité le jour de la catastrophe.
Le seul désir de Bill est de connaître le " monde extérieur " puisqu’il ne peut l’appréhender qu’à travers les descriptions d’Edie. Son existence étant confidentielle, seul le psychiatre Stockstill, qui soigne par ailleurs Bluthgeld, soupçonne la vérité. Bill est  lui aussi une clé du récit car c’est le seul capable de réduire à l’impuissance le phocomèle Hoppington en le projetant hors de son enveloppe physique pour se  substituer à lui.
D’autres personnages, hauts en couleurs, passent dans la trame du texte comme le Noir McConchie, ancien commis et qui déteste le phocomèle,  ou June Raub,  maîtresse-femme, ayant en charge le destin de la communauté. Le monde d’après la catastrophe diffère beaucoup de celui que nous connaissons. Les mutations néfastes s’amplifient. Des rats et des chiens semi-intelligents commencent à apparaître. Le papier ne s’étant pas conservé, la moindre revue (notamment de femmes nues) vaut une petite fortune, les cigarettes et l’alcool redeviennent des produits artisanaux, les engins à moteur, que l’on découvre, une vraie bénédiction.
Philip K. Dick, tout en jouant avec le thème de la fin, le plie à ses fantasmes avec la maîtrise littéraire qu’on lui connaît. Là, comme dans les autres de ses ouvrages, son interrogation sur la nature de la réalité y est totalement inscrite : Qui est qui ? Qui est responsable de quoi ?, Quels sont les divers jeux de pouvoirs ? Le thème catastrophiste cependant n’y est pas sacrifié et prend place dans le récit comme une toile de fond hyperréaliste sur laquelle se découpe l’intrigue.  " Dr Bloodmoney " est un récit beau, intelligent, structuré qui assure la rénovation du thème.


couverture du roman "Dr. Bloodmoney"
couverture de l'édition de poche de ce roman magistral
 
 
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