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DISETTE D'ELEMENTS

La disette d'éléments,  selon le beau terme inventé par Pierre Versins,  exprime le manque ou la disparition d'un minerai, d'une source d'énergie, d'une invention, ou la modification des lois physiques,  indispensables au développement ou à la survie de l'humanité. Le romancier répond à la question: "Qu'arriverait-il si (le pétrole, la lumière, le fer, etc.) venait à manquer ou à disparaître. Le roman cataclysmique file la métaphore, en déduit toutes les conséquences et donne à voir concrètement comment les sociétés imploseraient ou se transformeraient sous la menace.
De toutes les disettes, les plus importantes sont celles liées à l'énergie: le charbon et le pétrole - et aujourd'hui l'énergie nucléaire - qui, entre autres sont à la base de la production électrique. Les sociétés humaines reposent sur l'utilisation du pétrole et de ses dérivés. Son manque, aujourd'hui envisagé,  et réel d'ici un siècle, si aucune solution n'est trouvée, constituerait une catastrophe sans précédent dans l'histoire de l'humanité, l'obligeant à une régression vers une sorte de néo-moyen âge. Il n'est donc pas étonnant que ce thème forme la base problématique et thématique des romans d'espionnage des années soixante, alors que capitalisme et communisme désirent s'annexer les richesses mondiales. De même, l'électricité, si elle arrivait à manquer,  créerait une situation sociale explosive. Que la cause en soit terrestre (comme la guerre provoquée par cet imbécile d'empereur noir dans "Ravage" de Barjavel), ou extraterrestre ( comme dans le "Grand Silence" de Silverberg, où l'arrivée d'aliens et leur domination sur la planète Terre repose sur l'acte d'anéantir toute source électrique). En peu de temps s'installerait la barbarie, la lutte pour la survie, la mort par manque de médicaments, la sous-alimentation, la disparition de l'information et des réseaux de communication.
Même un produit aussi innocent que le papier , s'il venait à manquer, serait à l'origine d'un effondrement de la civilisation. Souvent  à travers l'action d'un microbe inconnu (comme le fameux amylobacterpayrophage décrit dans la nouvelle de René Zuber et Jean Effel), le papier se désagrège, emportant avec lui toute la mémoire du monde et l'identité des hommes, ce qui se traduit par un "naufrage" (les Naufragés de Paris de Georges Blond), une "mort" (la Maladie du papier" d'Eero Tolvanen, comme s'ils n'envisageaient pas d'autres supports possibles pour l'écrit. Seul, à cet égard, Robida sort du lot et fait à nouveau la démonstration de son génie prévisionnel. Dans sa nouvelle peu connue, "la Fin des livres", il prévoit l'invention moderne des téléphones, des magnétophones, des appareils enregistreurs de toute nature, ainsi que  du cinéma.
Mais que se passerait-il avec la disparition du fer ou celle de l'or comme base des moyens d'échange? Dans le cas du  fer, lequel deviendrait mou (le "métomol" du facétieux Franquin dans la série des "Zorglub" n'est pas loin), Raoul Bigot voit un bienfait, qui mettrait un terme aux meurtrières guerres européennes initiées par l'Allemagne.  Dans le cas de l'or qui s'autodétruit à cause d'un savant fou (mais anarchiste bienveillant), Henri Bellamy décrit les convulsions des banques européennes, s'effondrant les unes après les autres par "la mort de l'or". Vargo Statten, sur un registre plus populaire, réactive le vieux mythe de Midas dans son roman "Métal de mort" où Londres est en proie à une menace terrible d'origine vénusienne: tout se transforme en or , le catalyseur utilisant l'eau des égouts de la capitale britannique pour se développer.
D'autres manques encore, plus subtils, le bruit notamment. Dans "la République des Muets" de Max Aghion et Saint-Granier, un microbe rend aphones les humains, par contamination. Les braillards, les politiciens bavards, en seront les premiers affectés. Une nouvelle société en émergera, aux oreilles reposées et qui se servira de la langue des sourds-muets pour communiquer. Plus grave encore serait l'annihilation d'une couleur, le rouge par exemple. Le mystérieux auteur nommé Pafiou en tire toutes les conséquences. Celles-ci ne seraient pas uniquement d'ordre esthétiques mais affecteraient la vie même sur la Terre en détruisant une partie du spectre solaire;
la "Disette d'éléments" signe donc une série de récits qui pourraient paraître de peu d'importance, tant le thème de base semble futile ou infime. Il n'en est rien, selon l'adage bien connu: "aux petites causes les grands effets". Il aurait été dommage que le roman cataclysmique n'en fasse pas mention.




 
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