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Deutschland über alles ou la folie pangermaniste

les oeuvres > LES GUERRES FUTURES 1

Deutschland über alles ou la folie pangermaniste, traduit sur le manuscrit inédit du professor X…, par Maurice Lauzel, éd. Floury, 1915, 1 fascicule broché, in-8 ème , 45pp., couverture muette. nouvelle d’expression française.
1 ère  parution : 1915
guerres futures 1menaces idéologiques

Maurice LAUZEL

Peu de références. Certainement journaliste, adhérent convaincu au socialisme, il écrit des articles pour le journal "l'Humanité" et produisit plusieurs ouvrages sur des problèmes d'actualités à  finalité anti-militariste, ainsi que de propagande idéologique.

Ce manuscrit fictif de la domination du monde par les Prussiens a été communiqué à l’auteur via la Suisse. Il y est fait état de l’ambition dévorante du kaiser, partagée par ses contemporains appartenant tous à la race élue. Par le biais d’une logique perverse, le manuscrit stipule que cette ambition est fondée,  car basée sur le « rétrécissement » de la terre, liée à la vélocité des transports, sur « l’excellence » du machinisme allemand, le meilleur du monde, sur la vertu naturelle des races germaniques vouées au commandement.
Confortés par l’existence des « Etats nuls » et  d’une certitude pour les Germains de s’entendre avec « les Grosses puissances » (Russie), il leur faut impérativement entreprendre une « guerre utile » contre les « grandes puissances », soit la France et l’Angleterre. La France, qui souffre d’un défaut rédhibitoire de « sentimentalisme » et de « droiture » sera prise en tenailles par deux vagues d’invasion, l’une au nord, à travers la Belgique, que l’on violera, l’autre à l’Est, par-delà le Rhin :
« Voyons le cas de la France. Elle n’est dépourvue ni de ressources financières ni de qualités guerrières. Mais sa puissance militaire n’est de premier ordre ni par le nombre des combattants, ni par l’armement, ni par la discipline. Elle ne peut mettre en ligne que deux soldats contre trois Allemands ; elle n’a aucune idée de la fortification moderne, ni de l’artillerie lourde en parc léger, ni de l’emploi des mitrailleuses. Elle est rongée par l’alcoolisme, la tuberculose et la débauche. Enfin, ses socialistes, ou plutôt ses anarchistes, ne répondront pas à l‘ordre de mobilisation.»
Une fois solidement implantée chez sa voisine, la Germanie écrasera la flotte anglaise sous des tonnes de bombes larguées à partir de ses merveilleux et énormes dirigeables. L’invasion de la Grande-Bretagne par voie de terre constituant l’étape suivante, ressemblera à une promenade de santé. La réunion de tous ces pays devenus protectorats allemands , fleurons d’un nouvel Empire germanique, aura insufflé assez de force  au Kaiser pour qu’il brigue désormais le titre « d’Empereur Universel » en s’attaquant à la domination du monde.
L’Afrique ne posera guère de problèmes. Des troupes allemandes, stationnées au Maghreb, transportées vers le Sénégal par voie transsaharienne,  partiront à la conquête de cet immense continent avec un moral d’acier, celui de leurs canons :
« Quant aux soldats, les uns seront des volontaires, les autres, recrutés de force, proviendront des criminels. Etant donné que l’action militaire emprunte les moyens les plus violents, il est naturel de la confier aux amateurs-nés de violence. (…) Qu’une population se sente terrorisée à fond : elle se tiendra tranquille. Tuer des femmes, des vieillards et d’innocents enfants ne constitue pas une besogne tout ce qu’il y a de plus « gemütlich », et il faut un cœur bien trempé dans la poitrine de celui qui l’exécute. C’est pourquoi une armée qui a recruté une forte portion de criminels-nés, voleurs ou assassins, sera plus encline au meurtre et au pillage, à toutes les « atrocités » qui abrègent la guerre. (…) . Je mets en fait qu’aucune nation ne pourrait subir sans plier aussitôt, une invasion dont les avants-gardes contiendraient une bonne proportion de nos bons gibiers de potence germaniques. »
La prise du canal de Panama sera la clé de la réussite en Amérique du Sud et aux Antilles. Enfin, l’énorme masse des immigrants allemands aux Etats-Unis fournira plus d’un million d’hommes, des guerriers wagnériens entraînés secrètement sur le sol américain, dont les actions convergeront vers la maîtrise des grands centres urbains. Ils mettront la main sur les moyens de communication tout en surveillant les routes et en bloquant les points d’accès stratégiques, en attendant l’arrivée de  leurs camarades de Germanie.
Alors, l’instauration de l’ordre germanique sur le monde assurera la stabilité universelle, comme le fit en son temps l’empire romain. Par un système de prébendes, des cadres allemands noyauteront toutes les structures. Il suffira donc, pour diriger ces pays, d’un corps réduit et formé d’excellents administrateurs germains qui, avec rigueur et «gemütlichkeit»,  draineront toutes les richesses du monde en instaurant des monopoles sur l’énergie, les minerais, les armes, les vivres, etc. La « race des seigneurs » coulera des jours paisibles dans l’abondance et la sécurité, programme qui devrait même plaire aux socialistes allemands susceptibles, en un premier temps, d’entraver la grande marche en avant :
« Grâce à ces revenus véritablement titanesques, les sujets de la vieille Allemagne, dispensés de tout impôt, seront pourvus gratis de toutes les assurances sociales : maladie, invalidité, vieillesse. Je ne mentionne pas le manque de travail, car il n’y aura jamais de chômage involontaire pour un Allemand. (…)  Ce travail comportera des agréments : 1° il consistera toujours dans une direction, un commandement; 2° les fonctionnaires germaniques seront richement rétribués sur les fonds produits par l’exploitation générale du globe ; 3° la journée de travail de l’Allemand sera limitée à la durée maxima que demandent nos démocrates-socialistes ; 4° l’année de travail sera coupée par de longues vacances, analogues à celles dont profitent aujourd’hui les membres de l’enseignement : le nombre de fonctionnaires permettra d’assurer par roulement la permanence de la fonction. »
Ainsi les Allemands, incarnations parfaite du « Surhomme » nietzschéen, pourront-ils s’exclamer d’une même voix : «Übermensch über alles ! » Que leur manquera-t-il encore ? Peut-être de naître avec un casque à pointes…

Un pamphlet féroce et prophétique des menées et ambitions germaniques en Europe durant la première guerre du XXème siècle et dont de multiples aspects se concrétiseront avec l’arrivée du nazisme. Récit peut connu et rare.

couverture du fascicule "Deutschland über alles"
couverture de la seule édition connue de cette nouvelle-pamphlet
 
 
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