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Colère

les oeuvres > FINS DU MONDE, FINS DE L'HUMANITE

Colère par Denis Marquet, Albin Michel éd., 2001, 1 vol. broché, in-octavo, 518 pp. couverture illustrée par une photo d’auteur : Anne Roman. roman d’expression française
1 ère  parution : 2001
menaces telluriquesfins du monde, fins de l’humanité



Denis MARQUET

(1964-) Classe préparatoire. Louis Le Grand. ENS. Universitaire à Sciences Politiques. Abandonne le système pour s'établir comme thérapeute, philosophe, coach parental, romancier.  S'intéresse à la musique . Se veut ouvert à tous les courants de la sensibilité contemporaine.


Des signes curieux et inquiétants se produisent. Tom l’étudiant, amoureux d’Amy, s’en apercevra assez tôt puisqu’il découvrira celle-ci égorgée par son chien sans que rien ne laissait prévoir une telle tragédie. De multiples indices, non reliés entre eux, alertent cependant le pouvoir américain. Ici, des dauphins s’attaquent à l’homme. Là, une activité sismique anormale se manifeste. Ailleurs encore, une recrudescence de noyades ou des pommes qui deviennent mortelles à l’ingestion, une épidémie inconnue qui se déclare soudainement, enclenchent un niveau d’alerte suffisant pour qu’un groupe d’étude des phénomènes soit constitué.
Greg et Mary, tous deux anthropologues, deviendront les pièces maîtresses de ce puzzle. Mary part en Amazonie étudier, sous l’égide de son directeur de thèse Diego Legal, la vie spirituelle des indiens Yanomamis. Greg sera contacté par le capitaine Bosman du Pentagone  sous le sceau du secret pour faire partie du groupe de recherche qui tentera d’établir l’origine des désastres :
« C’est que la nature déconne ! Elle se comporte anarchiquement, elle n’obéit plus à ses lois… Ou plutôt à nos lois ! Celles que nous lui avons fixées…. Absurde ! ce n’est pas nous qui fixons ses lois à la nature ! Nous ne faisons que les découvrir… (…) Mais nous les appelons des « lois »… Alors que tout ce dont nous sommes capables, c’est d’observer des comportements un peu généraux sur une période ridiculement courte par rapport à l’évolution du monde… Tout s’altère dans la nature, tout passe… Et si la nature changeait aussi les principes qui la régulent, de temps en temps ? Chaque milliard d’années par exemple ! »
Clydesbourg, une bourgade de Pennsylvanie en fera les frais car, pour que l’épidémie inconnue et virulente qui s’y est soudainement déclarée  ne s’étende pas, les autorités n’ont d’autres moyens que de « cautériser » totalement la ville, provoquant la mort de milliers de personnes. Des témoins pourtant ont assisté à la scène et, mettant leur vie en jeu pour échapper à la loi du silence,  informent, par internet notamment, le monde entier de l’ampleur grandissante des catastrophes qui frappent l’humanité.
David Barnes est de ceux-là. Il se donne pour mission de prévenir ses semblables, dans une sorte de journal informatique, que la terre traverse une phase extrêmement dangereuse :
« Aujourd’hui, j’ai bouclé mon enquête. Demain, si tout se passe bien, quelques-uns des trous-du-cul qui nous gouvernent auront la tronche de biais. Leur boulot ; prendre les gens pour des cons en ne leur montrant que ce qu’ils ont envie de voir. Mon boulot : la réalité. Et si la réalité c’est la merde, leur mettre le nez dedans. Le monde est dans la merde. »
Traqué par les militaires, il survivra longtemps en territoire najavo, avant d’être abattu. De même, le journaliste Kenneth Pilar, qui enquête sur la catastrophe de Clydesburg, mourra, soufflé par des roquettes non sans avoir pu rendre public son dernier reportage.
Stimulé par le général Merritt, leur supérieur, et Bosman, le petit groupe de chercheurs,  dont Peter le biologiste, ami de Greg, Prescott le géophysicien, met les bouchées doubles. Mary, en contact avec un sorcier Yanomami, lors d’un voyage en NDE grâce à la drogue, sort métamorphosée par cette expérience : elle sait maintenant que la terre est malade de l’homme et qu’il s’agira de transformer l’âme même de celui-ci si l’humanité veut survivre :
« Elle n’avait pas entendu alors, la force de ces mots, terrifiante. Elle n’avait pas entendu la vérité de ces mots : - Nous sommes les enfants de la Terre. Chaque cellule de Mary semblait vibrer, elle se sentait faite, au plus intime, de terre vivante, aimante. De terre intelligente. Elle venait de la Terre, serait rendue à la terre. Et c’était bien. (…) La maladie, reprit-elle, c’est votre corps en guerre. Les parties qui vous composent ne coopèrent plus. C’est de cela dont vous mourez. De n’être plus un. Or moi je veux vous dire… Elle s’interrompit un instant. - …Ce qui en vous fait l’unité, c’est l’âme. »
Elle n’aura pas le temps de faire part de cette découverte à Greg puisqu’elle est mortellement – du moins semble-t-il –, blessée dans la chute d’un hélicoptère. Greg, lui, agressé par des chiens en voulant sauver des enfants, sombre dans le coma :
« Alors il vit la curée grouillante et brune des chiens sur le corps de l’enfant. Aussitôt deux d’entre eux se retournèrent contre lui, et l’attaquèrent au niveau des jambes. (…) Avant de s’écrouler, il eut le temps d’entendre l’assourdissant vrombissement du deuxième hélicoptère tandis qu’un brouillard semblait recouvrir les champs. Ils étaient en train de lâcher des gaz anesthésiants. Trop tard, pensa Greg. Un chien le mordait à la gorge, mais il ne le sentait déjà plus. Puis ce fut le noir. »
A Fort Detrick où le groupe est réuni, la situation se révèle catastrophique : les foyers d’épidémie s’étendent, les tremblements de terre deviennent de plus en plus dévastateurs dans le monde entier (mais surtout aux USA), les aliments (pommes de terre ou tomates) se transforment inexplicablement en poison mortel. Tout se passe comme si la terre elle-même avait décidé de se débarrasser de l’homme qui s’opposerait aux valeurs réelles du monde :
« Et vous en concluez quoi ? finit par lâcher Bosman, qui ne savait plus quoi penser. Sa conclusion, l’écologiste la prononça dans un silence de mort : - Personnellement, je crois que la nature est un Tout. Actuellement, ce Tout est en train de se retourner contre une de ses parties. Pour la détruire. De diverses manières. Cette partie, c’est l’homme.»
Des sectes apocalyptiques surgissent, comme celle dans laquelle Linda, la copine d’Amy, et Tom s’intègrent à un rituel de suicide collectif.  Grâce au canadien écologiste Aimé Doubletour appelé à la rescousse par le groupe, Merritt et Bosman prennent connaissance de l’extrême gravité de la situation. Le retour à la vie de Greg sous l’impulsion « spirituelle » de Mary restera inexpliqué. Devant l’intensité des secousses telluriques décision est prise de se réfugier dans le bunker présidentiel situé sous la maison Blanche qui est réputé inébranlable. Il était plus que temps : New-York sera emporté par une vague gigantesque :
« Une nouvelle secousse. Encore plus puissante. Il ne savait plut où il était. Tout l’immeuble, dans un fracas d’épouvante, grondements et craquements, s’était remis à tanguer. De plus en plus fort. De plus en plus vite. Il était ballotté aux quatre coins de l’immense pièce, jeté comme une poupée de chiffon contre les meubles et les murs. La dernière image qui s’imprima dans le cerveau de Steven Lordal fut celle d’un énorme chien qui s’ébroue pour secouer ses puces. Le chien, c’était la Terre. Les hommes étaient les puces. »
Pour Merritt, le va-t-en guerre, tous ces catastrophes sont provoquées par une puissance étrangère, en l’occurrence la Chine,  dans le but d’abattre les Etats-Unis.  Il convainc le président Hardon d’allumer les feux nucléaires. Après quelques tergiversations, celui-ci s’y résout.Mais les Chinois ne sont en rien responsables des désordres qui empirent. Dans le bunker souterrain, la situation devient invivable. Le plan de Merritt consiste à stériliser la terre entière par l’arme nucléaire, à se débarrasser une fois pour toutes des bactéries et virus de toutes espèces et de garder purs et intacts, après désinfection, les survivants du refuge, en vue de créer une nouvelle race d’hommes par manipulation génétique, un «homo transgenicus ». Son objectif insensé échoue : les survivants meurent l’un après l’autre, sans raison apparente. Après examen, il s’avère que les mitochondries, dans les cellules-hôtes,  se retournent contre ces dernières pour les détruire : le mal est à l’intérieur de chacune d’entre elles.
D’autre part, l’hypothèse de Prescott, basée sur une observation scientifique, est que la circonférence de la terre  est en train de croître de quelques centaines de mètres sous l’influence de courants de convection bouleversés, ce qui amènera un remodelage total de la planète par un tsunami gigantesque.
Alors que Bosman, enfin libéré de Merritt se fait exploser avec ce dernier,  réduit à l’état de vieillard baveux, Greg et Mary ressortent de l’abri par un long cheminement souterrain, comme pour une seconde naissance. Protégés par la Terre elle-même qui s’exprime à travers la personnalité de Mary, ils gagnent juste à temps une grotte de montagne pour observer avec horreur l’arrivée de la vague monstrueuse qui les épargne:
« Mary, fascinée, regardait vers la vallée. – Le soleil se couche, dit-elle. C’était comme un rêve. La vallée plongeait inexorablement dans l’ombre. Une immense lueur rougeoyante embrasait le ciel. Le soleil était en train de se coucher ! A l’endroit même où il venait de se lever, quelques minutes plus tôt. A l’est. (…) Greg tourna la tête. Ce qu’il vit le pétrifia. Couvrant la terre à perte de vue, une mer sombre, immense, implacable, progressait dans la vallée. Les habitations étaient emportées, les forêts englouties. Sur la gauche, à quelques kilomètres, une colline fut recouverte un instant pas l’énorme vague, qui à son sommet fit gicler des gerbes jusqu’au ciel. Et, tandis que la gigantesque et folle marée poursuivait sa course vers l’intérieur des terres, la colline n’était plus qu’un morceau d’île au milieu d’un océan sans fin d’eau noirâtre et boueuse. »
Plus tard, avec Mary enceinte, ils deviendront les germes de la nouvelle alliance que la Terre/Gaia tisse avec l’homme.
« Colère » est un roman complexe, touffu, aux protagonistes variés ne ménageant aucune hypothèse pour étayer sa théorie d’une terre vivante et consciente ennemie d’un homme ingrat et dévoyé. Le roman enregistre fidèlement les angoisses écologistes du 3ème  millénaire et y répond à sa manière. Un thème porteur et une intrigue suffisamment complexe font que l’on s’attache à ce récit jusqu’à sa fin.


couverture du roman "Colère" de Denis Marquet
couverture de la 1ère édition
 
 
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