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Avant l'apocalypse

les oeuvres > MENACES COSMIQUES

Avant l’Apocalypse par Gérard Rosenzweig, Anne Carrière éd., 1994, 1 vol. broché, in-octavo, 374 pp. couverture illustrée. roman d’expression française
1 ère  parution : 1999
menaces cosmiques


Gérard ROSENZWEIG
Enseignant à Reims. A déjà écrit quatre romans

Antoine Chabrineau, en ces derniers jours de l’an 2000, est un astronome réputé. Célibataire, il assiste, par l’entremise de son ami Garry, à un symposium à Venise où il fait la rencontre de la détonante Olivia (Livia) qui deviendra non seulement sa compagne ou son ange gardien mais encore l’objet d’un amour fou qui, comme une comète, traverse le roman.
Deux astronomes amateurs ont  détecteé, par un coup de chance inouï, au fond du cosmos, une comète de belle taille, un rocher de cinquante kilomètres de diamètre avec une masse de 5000 milliards de tonnes. Baptisée Diaz-Nostro, cette comète fonce vers le système solaire qu’elle mettra deux ans à atteindre. Chabrineau calcule sa trajectoire. Effaré, horrifié, anéanti, il découvre que Diaz-Nostro se trouve sur une trajectoire d’impact avec notre globe qui jamais, vu la taille du bolide, ne se relèvera du choc. La fin du monde, l’apocalypse, telle qu’elle est décrite dans la bible, est certaine :
" Dans le cas de Diaz-Nostro, la réponse correspondrait à l’élévation d’une colonne qui atteindrait entre deux et trois mille kilomètres et dont seule une partie retomberait. Le reste serait injecté en orbite terrestre ; ou alors, échappant définitivement à l’attraction, s’éparpillerait dans l’espace. Un hyper-typhon, de dix à quinze kilomètres d’épaisseur, se lancerait à l’assaut de la Terre, à la vitesse moyenne de mille quatre cents kilomètres par heure. Rien ne résisterait au passage de ce balai cyclopéen. En cas de chute dans un océan, le raz de marée que les Japonais nomment " Tsunami " (…) formerait juste une amplitude – un creux, comme disent les marins – de l’ordre de cinq à six cents mètres et, pour une distance entre deux crêtes, de dix mille mètres. Au-delà, le front de vagues dépasserait deux mille mètres avant de s’abattre sur les installations côtières (…) Deux mille mètres de côtes américaines s’engloutiront dans les flots du Pacifique, de San Fransisco à San Diego ( …)La superficie de la France est divisée par deux. La Hollande est rayée de la carte. Annihilation de toutes les îles du Pacifique sous l’effet conjugué des mécanismes les affectant. Holocauste des populations du Sud-Est asiatique (…) Tous les volcans connus entrent en éruption simultanément… "
Après la vérification de ses calculs par des collègues étrangers, qui tous confirment ses prévisions,  il lui faut avertir les plus hautes sphères politiques du pays. Une réunion de crise sous l’autorité du président français s’ouvre. Ce dernier est convaincu du péril par Chabrineau et fait de lui son conseiller international, le pivot et fer de lance d’une lutte " anti-comète ". La seule parade possible consisterait à regrouper les armes atomiques disponibles dans le monde et, par un effort fraternel et conjoint de l’ensemble des pays développés, essayer de détourner la comète de sa trajectoire en lui imprimant un choc, aussi léger soit-il, pour qu’elle passe au loin de la Terre.
Chabrineau, soutenu par Livia, se lance dans la vie politique, avec ses chausses-trappes. Bien qu’il arrive à convaincre les USA de participer à l’entreprise, ses ennemis, surtout religieux, ne désarment pas, et il vivra dorénavant une existence secrète vouée au seul objectif final : mettre en orbite environ quarante-cinq ogives nucléaires pour pouvoir frapper la comète de façon synchrone au-delà de l’orbite de Mars. Tous les pouvoirs lui sont accordés au niveau mondial où, dans chaque pays, s’organise la lutte à travers un groupe de techniciens d’élite, sous la présidence de la France. La masse des humains, quant à elle, continue à vaquer à ses occupations, la comète n’étant ni visible, ni perturbatrice à ce stade de son approche.
Une course contre la montre s’engage pour Chabrineau et le monde, et seuls les rares moments de détente pris en compagnie de Livia, lui permettent de résister à la pression psychologique phénoménale. Insensiblement, se fait jour en lui une autre réalité, celle de son nom (antérieurement "Chabrinot " et non " Chabrineau "), celle de sa date de naissance (le 6/6/1966) et celle d’une secte d’illuminés qui lui parle des quatrains de Nostradamus, du fameux devin de la " Bête ", de la " Dame Blanche " et de " Pierre Romain " , le dernier pape avant l’apocalypse.
Diaz-Nostro-Chabrineau (DNC) est maintenant suffisamment proche. Les fusées partent, placées sur orbite d’attente, selon le programme prévu. Toutes sont correctement alignées sauf la dix-huitième qui fait défaut et qui explose dans la haute atmosphère, balayant d’un nuage de plutonium radioactif l’Afrique de l’Est, le lac Victoria, le Nil et provoquant deux cents millions de morts :
" Les éléments de la charge nucléaire avaient été physiquement désintégrés à cent cinquante kilomètres d’altitude, après plusieurs rebonds imprévus sur les couches denses. Ils s’étaient ensuite répandus sous forme d’aérosols mortellement empoisonnés, de ce niveau jusqu’à la surface. Une région de mille kilomètres sur cinquante voyait s’abattre sur elle une pollution atomique de première grandeur de Kisangani jusqu’au mont Kenya. Le nuage radioactif qui allait noyer cette zone relèguerait celui de Tchernobyl au rang de joyeux souvenir. "
Ce sacrifice est accepté (avec difficulté) , pourvu que la terre puisse être sauvée. Les autres ogives éclatent exactement près de la surface de DNC, la faisant dévier de sa course. C’est l’euphorie dans le monde entier.  Chabrineau, acclamé en héros, devient le sauveur de l’humanité. En recalculant la nouvelle trajectoire de la comète il se trouve que même sans le choc des ogives nucléaires, elle se serait bizarrement déviée et serait donc passée bien au-delà de la terre. L’action de l’humanité s’est avérée inutile, pis encore, nuisible, car, à cause de Chabrineau, la comète déstabilisée recoupera l’orbite de la Terre après son passage au périhélie et percutera de façon certaine notre globe.
Chabrineau, culpabilisé et meurtrier du genre humain, ne comprend pas comment une telle monstruosité a pu se commettre à l’encontre de sa propre volonté.
Peu à peu, le puzzle se reconstitue en lui : il est l’Antechrist, soit (Ant)oine (Ch(ab)ri (no)st), le fléau de Dieu, l’instrument de Lucifer, l’envoyé du 666, marqué du chiffre de la Bête. Rendu fou par la révélation, il songe à s’évader de ce monde, à  s’enterrer pour de bon, non pour échapper à sa fin mais parce qu’il sait que son maître ne le laissera pas mourir, qu’il restera l’unique représentant de Lucifer sur Terre lorsque l’humanité en aura été balayée. Livia ne peut plus lui être d’aucun secours : elle est morte en couches ainsi que l’enfant qu’elle avait essayé de mettre au monde. Seul, désemparé, profitant des derniers privilèges qui lui restent, Chabrineau s’installera dans la grotte de Lascaux en prétextant y travailler pour une étude. Il y entreposera tout un nécessaire de survie afin de pouvoir traverser le danger.
Finalement, le choc a lieu, énorme, foudroyant le globe. Durant deux ans consécutifs, le monde est balayé par des vents inouïs, de 500 km/h. Le sol est vitrifié, l’axe de la terre a pris une nouvelle inclinaison, la lune même procède d’une orbite nettement elliptique qui la ramène à 50 000 km de la Terre à son point le plus proche :
" J’ai compris avant de la voir apparaître. J’allais redécouvrir la lune, notre vieille compagne qui devait, de là-haut, se demander ce qui avait bien pu arriver aux hommes (…) Elle est entrée dans le champ restreint qui lui était ouvert. Elle ne s’est pas offerte dans sa totalité. Elle ne pouvait plus. Une sphère gigantesque se laissait ainsi deviner. Elle était devenue énorme, démesurée. En une fraction de seconde, j’ai retrouvé de mes yeux des détails qui auraient exigé un télescope, fût-il modeste. J’ai poussé un cri. Je me suis mis à hurler : " Non ! Non ! " Je ne voulais pas que ce soit vrai. D’après ce que, fugacement, elle m’avait laissé voir, son diamètre apparent s’était multiplié par dix à douze. C’est-à-dire qu’en ce point où je venais de la voir, elle ne se trouvait plus à sa distance habituelle de trois cent quatre-vingt-dix mille kilomètres, mais à dix ou douze fois moins loin. "
Lorsque , après deux ans, Chabrineau ressort de son trou dans lequel il a survécu il ne sait trop comment, c’est pour être confronté à une planète étrangère, vide, informe et noire:
" Je suis sorti quelques jours plus tard. A peine un pied posé dans ce qui devait être l’extérieur, c’est le bruit du vent qui m’a le plus surpris. Un sifflement ininterrompu et terrible, plus même, un véritable hululement suraigu et qui vrille les oreilles. Autour de moi, il n’y a rien. Le néant total, mais comme une surface solide. Plus qu’une nuit d’encre, le mot ténèbres ne pouvant décrire ce qui m’entoure. L’atmosphère n’est plus qu’un torrent furieux qui cherche à m’ arracher de ce sol que je ne distingue pas. "
Les seuls habitants se la terre sont d’étranges insectes – des créatures de son maître- grâce auxquels il survit. Ces insectes le choient, le nourrissent et manifestant un soupçon d’intelligence, le prennent pour leur dieu. A cette nouvelle race curieuse et semi-intelligente, Chabrineau, au cours de ses trente années de survie, livre les mythes et les rites d’une terre d’avant la catastrophe en peignant de nouvelles figures pariétales sur les parois de la grotte de Lascaux, qui relatent en détail tous les épisodes de son calvaire.
" Avant l’apocalypse " est un roman sophistiqué qui conjugue les angoisses du millénarisme avec les approches les plus rigoureuses de la science. Le choc cométaire et ses conséquences sont décrits avec un luxe réaliste dans les détails : et si vraiment cela se produisait? est amené à se dire le lecteur. L’intérêt que présente l’histoire d’amour de Chabrineau avec Livia, la tentative d’expliquer la psychologie monstrueuse du héros -ou anti-héros-  par l’introduction de l’irrationnel biblique, résistent moins à l’examen critique. Tout en rénovant un thème si ancien, l’auteur signe une belle œuvre, épouvantable et tragique.


couverture de "Avant l'apocalypse"
couverture de l'édition originale
 
 
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