Après-Demain la fin du monde - destination-armageddon

Aller au contenu

Menu principal :

Après-Demain la fin du monde

les oeuvres > FINS DU MONDE, FINS DE L'HUMANITE

Après-demain la fin du monde par Jean Léonardi. Editions du Lion de Mer, Saint-Raphaël. Avec des sanguines de Jean Maret, 1946. 1 volume, cartonné, in-quarto, 122 pp. Edition de luxe sous emboîtage, pages non massicotées. Tirage limité à 280 exemplaires, dont 30 exemplaires HC.
fins du monde, fins de l'humanité

Jean LEONARDI
(Aucune référence)


Marius Petitpois, en ce dimanche de fin juillet, attablé à la terrasse d'un bistrot parisien, pense qu'il a eu tort de rompre avec la petite Denise. A cela s'ajoute le pur désespoir lorsqu'il entend une incroyable nouvelle à la radio. D'après le professeur Girmaldus, la Terre passera dans un zone de diminution de l'énergie cosmique fatale à la seule espèce humaine. L'unique moyen de surmonter l'épreuve est, en un moment précis pas plus long qu'un quart d'heure, de compenser le manque d'énergie par un acte sexuel orgasmique et partagé:
"Après de délicates recherches, le professeur Grimaldus est parvenu à la certitude que l'être humain engendre du fluide cosmique (...) A l'occasion de l'accomplissement de l'acte sexuel, l'homme et la femme confondant leur polarité dans l'unité élémentaire  libèrent une forte quantité de fluide cosmique, quantité estimée suffisante pour assure la continuité de la vie du couple durant les quinze minutes au cours desquelles le fluide cosmique externe réduit ne permettra plus cette continuité."
Dans quarante-huit heures il importe pour chaque mâle en état de procréer, de trouver une partenaire féminine pour assurer leur survie mutuelle. L'Etat, d'après ce qu'il entend encore, y pourvoira aussi, en simplifiant la procédure, en édictant lois, décrets et règlements qui lèveront tous les interdits régissant le code de la sexualité, le mariage ne sera plus un préalable. Le mal frappant dès l'âge de 13 ans, les mineurs n'auront plus à se justifier en ce domaine et pourront s'employer à sauver leur vie. Même les religions ôteront le carcan de la chasteté des prêtres et des religieuses. Les différentes associations se déchaînent. Les unes, les "Ligues pour l'Eugénisme" voient là un moyen d'accroître leur notoriété en accompagnant les pratiquants, leur prodiguant conseils et assistanat. Ainsipour la méthode William Taylor-Kinsley qui semble la plus appropriée pour vaincre la frigidité, obstacle mortel pour les malheureuses qui la subissent. Les autres, comme l'association "Ni Chien ni Femme", développent un programme de mise en garde contre le danger que constituerait l'événement pour un homme pris en otage ou domestiqué durant ce douloureux temps d'épreuve.
Voilà Marius Petitpois bien embêté: il vient de rompre. Que faire, car il est vital de trouver une partenaire féminine à très court terme. Il songe  d'abord, bien qu'ayant délaissé Denise, à la lettre enflammée que celle-ci lui a écrite, lui jurant un amour éternel. Peut-être ne sera-t-il pas difficile de se rabibocher avec elle?  Hélas! cela ne se passe pas comme prévu. Durant son absence, Denise l'a déjà remplacé avec un gentil garçon qui a su pousser son avantage:
"-Eh bien! Voilà. Un soir nous étions tous les deux enlacés dans la nuit sur notre banc, il fut plus entreprenant qu'à l'ordinaire, tellement qu'il insinua sa main dans ma culotte et que je n'arrivai plus à en déloger ses doigts turbulents. (...) Je me laissai faire, revivant les yeux clos et la bouche altérée nos belles heures à nous, mon pauvre Marius. Soudain, la sensation  devint douloureuse. Je réagis brusquement. "Ce n'est rien, fit-il j'essaie avec le pouce." Ah! tu parles d'un drôle de pouce alors! Mais il était trop tard."
Dépité, Marius rentre chez lui pour se coucher... seul. Déjà l'ambiance des rues se transforme:
"les voitures étaient rares. les passants plus nombreux, se révélaient tous désespérément du sexe masculin. Les uns, l'air absent, allaient, tels des automates, vers un impitoyable destin. Les autres au contraire paraissaient s'amuser au spectacle de la rue. Et leur allure dégagée, leur démarche assurée, tout révélait en eux des hommes sûrs de trouver au bout  de leur course la salutaire étreinte."
Le lendemain, il rassembla ses souvenirs car il lui fallait absolument trouver sa moitié d'orange, puisqu'il y allait de sa vie. Alors il se souvint de Mado qui, jadis, n'avait pas été trop bégueule. Peut-être voudrait-elle bien coucher ave lui pour la bonne cause? Il alla la trouver. Mais celle-ci, désespérée elle-même parce que se sentant frigide,  et malgré toute sa bonne volonté , ne put le rassurer:
"Dans un geste théâtral, Mado fit glisser sa robe d'intérieur et apparut aux yeux surpris de Petitpois entièrement nue. - Contemple-là, cette poitrine pour laquelle tout soutien-gorge est superflu. Remarque la fermeté du sein et comme  il est aérien le bouton discret qui en fleurit la pointe. Admire la ligne fuyante du ventre, l'épanouissement des hanches, ces cuisses au galbe harmonieux (...) Oui, tu vois, tout est parfait, tout, sauf ça. Les pieds maintenant sur le divan et les cuisses largement écartées, elle procédait à l'inventaire de son intimité la plus secrète. -C'est joli, pourtant, n'est ce pas, Marius? Regarde: on dirait une anémone de mer. C'est d'un rose changeant comme cette fleur sous-marine, et, comme elle, ça fuit sous les doigts lorsqu'on touche."
En proie à une perplexité de plus en plus grande, Marius , dont les pas l'ont emmené à la mairie de son quartier, fait la rencontre inopinée d'un prêtre effaré qui a besoin de conseils en la matière. Se faisant passer pour un eugéniste, Marius promet de l'aider. En contrepartie, celui-ci lui demande de donner une conférence devant un parterre de jeunes filles, toutes faisant partie de "l'Oeuvre des Zélatrices de la Virginité triomphante". Les convaincre s'avèrera difficile, chacune ayant des griefs majeurs à exprimer à l'égard des hommes. Certaines racontent leur première expérience et les sentiments qui s'en sont suivis:
"Alors, Mesdemoiselles, une chose effroyable survint. Un frémissement angoissé parcourut l'assistance. -Ce que j'avais considéré de prime abord comme un négligeable morceau de peau prit un subit développement qui révéla en quelques instants à mes yeux horrifiés un serpent en tout point semblable, je présume, à celui qui valut pour Eve le châtiment qui nous accable nous-mêmes encore. Quoiqu'on le contraignît de la main, il s'enflait de plus en plus à ma vue, me menaçant bientôt de son dard écarlate avec une si évidente malveillance que je pris soudain mes jambes à mon cou".
Une autre sera encore plus précise:
"Bientôt il (= son partenaire) se découragea. Me dévisageant alors avec insolence, il me lança simplement -Vous êtes plus froide que la Vénus de Milo. Je lui répondis, vexée: -Qu'en savez-vous? Comme toute honnête jeune fille, je tiens à ma virginité, ne vous en déplaise.  Cette phrase, dictée par un malheureux amour-propre devait décider de mon destin. Il retrouva enfin le sourire. -Je ne vous demande pas tant, fit-il. Puis, après un silence: -Vous avez bien une bouche? interrogea-t-il, railleur. Je m'étonnai d'une pareille question: -Oui, parbleu!. Il baissa brusquement son slip et, me désignant du doigt le jet de chair durcie qui venait de s'imposer à mon regard: -Ne vous effarouchez pas, chérie, me dit-il, et usez-en comme d'un sucre d'orge. Ah! mes chères demoiselles! inutile de vous décrire, je pense les angoisses que je connus soudain! Mais mon honneur était en jeu. Je m'exécutai donc, jurant à part moi, comme le corbeau de la fable, qu'on ne m'y prendrait plus. Et j'ai tenu parole."
Voilà pourquoi le prêtre sera hué lorsqu'il lancera ses propositions, ces demoiselles le prenant pour un suppôt du diable. Nos deux compères, mélancoliques, partageront leur échec devant une excellente bouteille de Clos-Vougeot.
Le délai se réduisant comme peau de chagrin, Marius apprit que la jeune femme d'un collègue de bureau, Casenave, avait aménagé dans l'appartement d'un ami commun qui, le hasard faisant bien les choses, était voisin de celui de Petitpois. Il se promit d'aller rendre visite à Christine Casenave car il savait son mari, Léon, absent. En rentrant chez lui, il prit connaissance des nouvelles qui n'étaient pas bonnes. La gendarmerie mettait en garde contre un association de malfaiteurs - toutes des femmes - dirigées par Yolande de la Péronnière, ancienne Vice-présidente des Enfants de Marie, qui enlevait à la chaîne des jeunes garçons. D'autre part, l'Etat promettait des funérailles nationales aux hommes restés seuls et morts dans leur désespoir. Enfin, la population américaine, viscéralement contre la gabegie sexuelle qui causerait d'après elle encore plus de désordres que l'événement lui-même, était sûre de régler le problème à coups de bombes atomiques qui ont, elles aussi, le pouvoir de relever le taux d'énergie.
La rencontre avec Christine, dit Cricri, ne fut pas trop difficile, Marius la surprenant en pleine scène de masturbation. Elle lui avoua que son mari Léon, protestant bon teint, et quoique profondément aimable et moral, ne remplissait pourtant pas toutes ses obligations maritales. Après de nombreuses hésitations, interrogations, revirements et Marius mettant en scène toute sa stratégie de séduction, jouant tantôt l'ami protecteur, tantôt le remplaçant émérite, tantôt le sauveur qu'attendait Cricri, réussit à la convaincre de tourner un bout d'essai:
"Maintenant elle participa au jeu. Marius s'immobilisa un instant. Maladroitement elle se substitua à lui. Alors, le jeune homme sentit sa conscience sombrer dans une brutale fureur. Il se mit à fouiller âprement cette chair qui souffrait sous lui. la sueur coulait. les  poitrines ronflaient. Les ventres se choquaient. Cricri lui disait des mots qui finissaient en plaintes. Ils s'écroulèrent bientôt, épuisés, l'esprit vide. (...) Pour lui, il resta un moment encore immobile, les yeux clos. Son coeur battait à grands coups. Il était sauvé."
Il fit même si bien que Cricri tomba amoureuse de lui, envisageant parfaitement de partager sa vie entre deux hommes, l'amant séducteur et le gentil mari attentionné. Ce qui ne plut pas à Marius qui vit se profiler un avenir marital des plus sombres, maintenant qu'il était sauvé. Les cloches sonnaient à toutes les églises, les annonces tonitruantes à la radio affirmaient que, somme toute, le cataclysme avait fait peu de victimes,  hormis aux Etats-Unis:
"On présume qu'une erreur dans les calculs du docteur Paterson a entraîné l'emploi d'un nombre de bombes atomiques supérieurs à celui que nécessitaient les événements. Ou bien que l'effet de ces bombes a été décuplé par le fait de l'affaiblissement de l'énergie cosmique. Quoiqu'il en soit, il semble bien qu'il n'existe plus du continent américain à l'heure actuelle que le Groenland. Il est impossible d'avoir des précisions à ce sujet car une violente tempête dont le centre se déplace vers l'Ouest et qui menace de désoler le Japon et l'Australie rend cette région du monde inaccessible."
Marius Petitpois savait, dès cet instant, qu'il ne reverrai plus jamais Cricri.
"Après Demain la fin du monde" est sans aucun doute un roman érotique. Joliment décoré avec des sanguines de nus, écrit en un niveau de langue soutenu et avec une retenue qui évite de tomber dans la pornographie, il se rapproche de la grande tradition des romans érotiques du XVIIIème siècle tels que "les Bijoux indiscrets" de Diderot ou "Manon Lescaut". Ce qui est étonnant (mais déjà vu notamment dans le roman de Bob Slavy "le Harem océanien") est l'association du cataclysme et du sexe, l'urgence de ce type de catastrophe donnant un argument solide au développement de scènes sensuelles. Bien que l'argument est destiné à rester marginal dans notre thématique, il n'en est pas moins intéressant.


couverture du roman "Après-demain la fin du monde"
couverture minimaliste d'une édition de luxe en tirage limité
 
 
Retourner au contenu | Retourner au menu