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Adam et Eve revisités

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ADAM ET EVE REVISITES

Le cataclysme global n'a laissé qu'un seul survivant, mâle de préférence, qui erre dans un monde en ruines. Il s'en accommode puisque tout est à sa disposition. Tout?  Pas exactement. Il lui manque son complément, sa moitié d'orange, sa compagne: une femme! Il est difficile -voire impossible- pour nos écrivains d'envisager la disparition totale de l'homme. Tout s'y oppose -d'ailleurs à qui raconterait-il l'histoire? - et surtout deux mille ans d'une lecture du monde  à travers "la grille chrétienne",  qui prétend que la terre a été donnée à l'homme pour qu'il s'y multiplie. Par conséquent, la plupart des romans adoptent une ligne conventionnelle et référencée. Notre héros trouvera finalement une femme, mais une seule! Celle-ci acceptera de se soumettre de bonne grâce à la loi de l'espèce et d'envisager des grossesses multiples, bref de se transformer en mère-pondeuse pour que l'être humain puisse continuer son épopée.
Donc,  pas de sexualité débridée avec plusieurs partenaires, la morale s'y oppose alors que la postérité y aurait tout à gagner. De rares auteurs l'envisagent cependant, avec précaution et par souci de réalisme, puisque la sociologie nous apprend qu'il existe un seuil de reproduction en deçà duquel toute société implose ou est incapable de se régénérer. Le héros de Christophe Paulin dans "S'il n'en reste qu'un" se voit mettre à disposition de nombreuses jeunes filles. Mais ce sont toutes des clones de la première; ouf! l'honneur est sauf!  Dans  "Loth" de Ward Moore, Mr Jimmon garde pour lui sa femme, et surtout sa fille pour redémarrer l'histoire après une guerre atomique. Mais voyez comme la vie est cruelle: elle le quitte sans remords pour suivre un autre rescapé, plus jeune.
D'ailleurs rien ne nous dit qu'Adam II ait le goût ou l'envie de se reproduire. Encore faut-il que sa partenaire soit séduisante et non confite en préjugés et conventions. Dans "Sans éclat" de Damon Knight, la messe est dite. La jeune femme, d'une pruderie excessive faillira parce qu'elle n'osera franchir la porte des toilettes pour hommes, par décence, alors que derrière celle-ci notre héros est terrassé par une crise cardiaque. Et aussi faudrait-il qu'il ait le goût des femmes, ce qui souvent n'est pas le cas. Le héros solitaire du "Nuage pourpre" met longtemps à découvrir une  compagne. Lorsqu'enfin, toute heureuse, elle le suit, il la chasse à coups de badine et mettra longtemps à se faire une raison. Ainsi, ce thème est souvent nimbé de misogynie. La jeune filles est énorme, obèse, donc peu attractive. Elle est bête, conventionnelle, donc ne convient pas à un héros libéré ou elle se trouve sous la férule d'une duègne qui fait régner une stricte obéissance, etc.
Parfois, Adam et Eve font partie d'un plan. La catastrophe étant parfaitement prévisible, des gouvernants, ou des savants mettent au point la continuation de l'espèce humaine. Des bases secrètes où sont élevés des jeunes gens des deux sexes ("Mission ADN" de Jean Cueilleron "Départ pour l'avenir" de Jean Gaston Vandel), aux fusées censées emporter le couple dans l'espace d'une nouvelle vie ("Opération Adam et Eve" du colonel Lucius Light, les "Evadés de l'an 4000" de Jacques Spitz), l'espèce humaine perdurera, mais ailleurs, sur Vénus ou Alpha du Centaure. Quand la greffe prend à nouveau, nous aurons droit à de touchantes pages d'une vie de patriarche, dans une nouvelle société rurale où courent quantité d'enfants joyeux. Du "Pont sur l'abîme" jusqu'à "Ravage", les descriptions sont identiques et tout à fait conformes aux prescriptions bibliques ou à celles du maréchal Pétain. la technologie, la science, la licence des moeurs ont précipité la Terre dans l'abîme. Recommençons mais avec respect et décence pour éviter les mêmes erreurs. Rares sont les oeuvres où le couple, mature et ressoudé,  lutte de pair pour rétablir les droits de l'homme dans une nature sauvage et barbare ("Fausse aurore" de Chelsea Quinn Yarbro)
En conclusion, ce type d'oeuvre, s'il est révélateur des idées morales de l'auteur, est également l'un des plus convenus du genre cataclysmique. On n'échappe pas si facilement aux poncifs littéraires.


 
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