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Adam, Eve et Cie

les oeuvres > ADAM ET EVE REVISITES

Adam, Eve et Cie par André Rigaud, Albin Michel éd., 1947, 1 vol. broché, in-12ème, 347 pp. couverture muette.  roman d’expression française. notice bibliographique in «Bulletin des Amateurs d’Anticipation Ancienne» N° 25, mars-juin 2001.
1ère parution: 1947
menaces climatiques - Adam et Eve revisités

André RIGAUD
(aucune référence)

Quatre alpinistes tentent l’escalade du Mont Blanc: Evelyn et Lucien, Charlaz le porteur, Desailloux le guide. A peu de distance du sommet, le temps se gâte les obligeant à redescendre pour s’abriter dans le refuge Vallot. Contrairement aux prévisions, le tempête redouble d’intensité et dure très, très longtemps, à tel point que le manque de nourriture associé à l’épaisseur de la couche de neige tombée sur le toit du refuge les met en péril de mort. Sans contact avec le monde extérieur, ils ignorent que cette tempête est la manifestation météorologique majeure du siècle  qui a frappé la totalité de la planète, provoquant une montée brusque des océans. L’Europe est engloutie - sauf les points les plus élevés- , un nouveau continent a surgi au milieu de l’océan pacifique.
Lorsque nos quatre héros se décident à redescendre vers la plaine, et ce malgré avalanches, torrents, chutes d’eau inattendues qui leur barrent le chemin, ils se retrouvent en face d’une magnifique étendue d’eau dont les vagues battent un littoral d’îles, dernières parties émergées des Alpes:
" -Le Brévent commence à paraître, dit Desailloux. Ils tremblaient d’impatience. Un coup de vent tordit les vapeurs traînantes, les souleva, les rendit plus diaphanes. Ils scrutaient avidement la brume, prêts à saluer l’apparition du sombre manteau de sapins qui recouvrait les pentes inférieures. Et soudain, un cri de stupeur leur échappa à tous les quatre en même temps. Un spectacle à faire douter de la raison s’étalait devant eux: à perte de vue, semée d’îlots, miroitant sous le soleil reparu, déferlant à la hauteur du Plan-des-Aiguilles - la mer. "
Desailloux mourra en glissant dans un ravin. Evelyn, Lucien, Charlaz, se retrouveront les derniers  êtres humains vivants à la surface de la terre, conséquence du nouveau déluge. Après un moment d’affolement et d’abattement bien compréhensible, ils tentent d’organiser leur vie. Très vite surgiront les problèmes d’ordre relationnel: qui va conquérir la femme? Charlaz  et Lucien s’affrontent, Evelyn attend le vainqueur. Enfin Lucien, dans un élan de rage possèdera celle qui sera désormais son unique compagne dans une vie de plus en plus primitive:
" Au milieu de ses larmes, Evelyn balbutiait quelque chose. il finit par discerner les mots: - Nous ne sommes pas des bêtes. Alors, il parla, d’une voix sourde, sans timbre: - Si! nous sommes redevenus des bêtes. La civilisation s’est détachée de nous dans cette épreuve, comme le feuillage d’un arbre sous un vent de tempête. Nous sommes retombés au niveau de la brute que dominent ses instincts. (...) Nous n’avons plus de compagnons... Il n’y a plus que nous sur la terre... Il se pencha sur le corps ruisselant où toute trace sanglante avait maintenant disparu et il baisa la peau mouillée.
- Evelyn... Eve ! ... "

Le glissement vers l’animalité se fait aisément quand apparaissent les besoins primordiaux: manger, boire, copuler, se mettre à l’abri du froid, faire du feu.  Parallèlement à la montée du primitivisme et de la sauvagerie, les concepts abstraits, légués par la civilisation les abandonnent. N’éprouvant plus le besoin d’identifier, de nommer des objets disparus, l’usage linguistique involue:
" Faute de les traduire par des phrases, leurs pensées devinrent confuses. Le langage qui précise les idées et coordonne leurs enchaînements constitue l’adjuvant nécessaire au développement de l’intelligence, si la lecture, qui n’est que la parole écrite, ne vient pas suppléer à la parole prononcée. Une lente évolution les amena à penser par images, comme des enfants. "
Ainsi, au fil des jours, des semaines, des années, leur vie se simplifie dans la caverne où ils ont élu domicile, de grandes joies immédiates alternant avec des souffrances physiques intenses. Une fille, Eva , naîtra de leur union. Lucien se voit déjà Adam géniteur et patriarche d’une longue lignée.
Neuf  années passent lorsque  un vrombissement d’avion les tire de leur caverne. Ils ne sont donc pas les derniers habitants du globe! Les USA - et leur civilisation - ont survécu au cataclysme. M. Pat Murphy, propriétaire de l’avion et businessman avisé, voit tout le parti qu’il pourra tirer de la rencontre avec ce couple primitif: en faisant passer Lucien pour un phénomène de foire  - le dernier homme devenu singe - il fera fortune. Lucien et Evelyn, quoique non consentants et traumatisés par cette rencontre, seront ramenés à New York:
"  Le voilà captif, asservi à la loi de ces hommes qui le considèrent comme un inférieur. Quel crime a-t-il commis pour être privé de sa liberté? Aucun, il subit la loi du plus fort. Le sentiment de l’injustice le mord et il sent la haine sourdre au fond de son coeur. Son premier contact avec la civilisation se traduit par une contrainte. Demain, on va l’enlever, l’emporter vers une société organisée qu’il ignore: on disposera de lui sans qu’il puisse protester. Il va rentrer dans cette collectivité humaine que régit l’appareil compliqué des lois aveugles. Il va redevenir un esclave. "
Evelyn cède facilement aux douceurs d’un confort retrouvé et se tient prête à assumer le rôle que veut lui faire jouer Pat Murphy. Lucien, s’échappe, vit d’expédients, se cache . Méprisé, rejeté, ayant pour seul ami un gangster, il se rend compte que le véritable esclavage ne se situait pas tant dans la vie primitive vécue avec Evelyn que dans l’odieuse contrainte sociale exercée sur lui par le manque d’argent et les lois iniques d’un état dit civilisé.
Sans argent , il n’est rien. Forcer de voler pour survivre, il tentera de retrouver Evelyn. Il en arrivera à tuer un concurrent pour récupérer son bien, mais arrêté, il sera jugé et condamné pour meurtre. Etranger aux lois de la cité, son ultime désir sera de rejoindre son île d’où il pourra terminer une vie en solitaire.
Pat Murphy est prêt à l’y ramener en spéculant sur l’attraction touristique sensationnelle  que constituerait la présence de Lucien en ces lieux désolés. De retour sur l’île, le pauvre homme se rend compte que jamais plus ni Evelyn,  ni Eva ne le rejoindront dans sa solitude. Désespéré, il se dirige vers la mer pour s’y noyer:
" Il fit quelques pas. Son pied heurta un objet qui roula en cliquetant. Etonné, il se baissa et ramassa la chose indistincte dans la pénombre. C’était la poupée qu’il avait si laborieusement sculptée pour la petite Eva: le premier jouet de son enfant. Longtemps il demeura immobile à contempler l’image barbare où il avait vu jadis la première ébauche de l’Art. L’obscurité venait par degrés. Un nuage glissa son écran de vapeurs devant la lune et éteignit le miroitement des vagues. Il ne discerna plus rien. Tenant la poupée dans ses deux mains serrées, il reprit lentement sa marche, en direction de la mer... "
Un roman curieux où se dessine à chaque ligne la volonté apologétique de l’auteur de démontrer à quel point les lois sociales sont injustes et réductrices, que la véritable liberté est dans l’opposition ou dans l’harmonie à une nature encore vierge. Lucien, l’anarchiste, est seul de son espèce, ni les hommes, ni sa femme ne le comprennent. En dépit de quelques maladresses de style (les personnages ont trop conscience d’être  " en situation " ) , c’est un ouvrage original tant au plan de l’analyse des motivations des personnages qu’à celui de l’intention idéologique.


couverture du roman "Adam, Eve et cie"
couverture muette pour ce roman en édition originale
 
 
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