...Et si l'otage était Paris? - destination-armageddon

Aller au contenu

Menu principal :

...Et si l'otage était Paris?

les oeuvres > MENACES IDEOLOGIQUES

Et si l’otage était Paris ? Par Patrick Moreau et Daniel Saint-Hamont , Tchou éd. 1978, 1 vol. broché, in-octavo, 329 pp. techno-thriller. couverture illustrée. roman d’expression française
1ère parution : 1978
menaces et guerres nucléairesmenaces idéologiques


Daniel SAINT-HAMON
Patrick MOREAU

(1944-) Daniel SAINT-HAMON: Scénariste, écrivain, journaliste. Une bonne connaisance de l'Algérie et des études en Allemagne (père militaire). Dipômé I.E.P.. Journaliste radio et télévision. Correspondant à Moscou. Adaptation de ses romans au cinéma (Coup de torchon)
(1951-) Patrick MOREAU: Chercheur au CNRS. Spécialiste des extrémismes et du communisme en Europe. Politologue et historien.

Entre fiction et réalité, ce roman se présente comme un reportage sur les dangers du nucléaire mis entre toutes les mains, notamment celles des terroristes. Remarquablement documentés, les auteurs entreprennent un récit au rythme soutenu, sans que jamais ne faiblisse l’intérêt du lecteur. L’objectif des terroristes est l’évacuation de l’état d’Israël qui doit être mis à disposition du peuple palestinien. Pour appuyer leur chantage, ils se proposent de faire éclater une bombe atomique "artisanale" sur la ville de  Paris, prise en otage. Emules de la bande à Baader, soutenus par Carlos et bénis par Kadhafi, les terroristes se mettent à l’oeuvre.Gisela Krüge-Fontäne est le cerveau du commando. A la fois psychopathe et sensible, émotive et inhumaine, elle dirige le groupe d’une main de fer. Son compagnon - occasionnellement de lit -  Christian Grüber,  est le savant atomiste qui a une revanche à prendre sur la société. Il sera le spécialiste, l’âme du projet. Les autres sont des comparses qui se feront éliminer au fur et à mesure que l’enquête policière progressera. Anderson , le métis haineux, est chargé de répondre de la poudre de plutonium dans les gaines d’aération du New York Hilton lors d’un congrès juif:
" Il commençait à s’habituer à ces vomissements. Sa toilette terminée , un élan d’optimisme le remit sur pieds: quand il aurait déterminé quelle gaine amenait l’air conditionné dans la grande salle, par les ouvertures rondes pratiquées dans l’immense plafond au-dessus des congressistes, ses épreuves seraient enfin terminées. Il pourrait se reposer autant qu’il le voudrait, à plusieurs milliers de kilomètres de Gisela. Il fit glisser la fermeture de son blouson et sortit avec précaution la pochette de cuir enrobée de plastique et ses quatre cents grammes de plutonium en poussière. "
Il échouera de peu et mourra de leucémie. Siegrid, l’homme de main, la brute aux armes multiples, se fera hacher menu lorsque la police, alertée, investira sa planque à Amsterdam, mais bien trop tard. Les principaux acteurs se seront volatilisés et ils ne découvriront qu’une boîte à gants artisanale ayant servi à la décantation de la poudre de plutonium.Jan, le Hollandais, est autant "les jambes" que Grüber "la tête". Chien fidèle, dévoué à Gisela, il " bricole " les outils nécessaires à l’extraction :
" -Tout ira bien parce que tu vas nous construire la boîte parfaite. Et que je vais essayer de reconstituer le mieux possible l’environnement d’un centre nucléaire. Des boîtes à gants, tu en as déjà vu au cinéma ou à la télé, j’en suis sûr. Elles isolent les techniciens des matières radioactives qu’ils doivent manipuler. -Ah oui! dit Jan, ce sont ces trucs avec des grandes pinces qu’on peut actionner de l’extérieur?
Il réfléchit et ajouta: - Grüber, si tu crois que je peux fabriquer des engins pareils, laisse-moi te... - Qui t’as parlé de ça? Une boîte à gants, c’est exactement ce que le nom indique. Une boîte avec des parois transparentes percées de trous bouchés par des gants de néoprène. Il n’y a plus qu’à passer les mains dans ces gants pour y manipuler sans danger les produits les plus toxiques. Tout est une question d’étanchéité. - Et il n’y a que ça? "

La manière d’arriver aux fins prescrites est rapportée en des détails d’une grande précision. Tout débute par un vol de jetons radioactifs dans un container situé sur un train en Allemagne à destination d’une usine de retraitement. Le train, arrêté en pleine campagne par un feu de danger artificiel, permettra à Grüber, soigneusement protégé, de faire main basse sur le fuel nucléaire: :
" Dans la pénombre, les fûts rangés contre les parois luisent comme des sarcophages. Christian se secoue : comparaisons historiques et états d’âme, c’est bien. Mais on est en 1978, on porte une foutue combinaison-sauna et un masque de martien. Derrière lui, les battants pivotent lentement. Il les accompagne de la main pour les empêcher de claquer, puis s’avance dans l’allée centrale entre les deux rangées de fûts. Son pas hésite à chaque cahot du wagon sur les aiguillages. Le faisceau de la lampe glisse sur le bas des tonneaux peints en rouge. Chacun est soudé à une plaque carrée munie, aux quatre coins, d’anneaux où passe une corde de sécurité. Ainsi arrimés, les fûts ne risquent pas de se renverser. "
Une petite erreur de prévision de la part de Gisela provoquera la mort de Ulf, homme de main, fauché par un train qui arrive en sens inverse. Qu’importe, la matière première est en leur possession. De là, direction Londres où ils arracheront le document de base à un certain professeur Temple, le seul à y avoir accès. Ce document est un texte rédigé par des étudiants américains, expliquant par le détail la manière de fabriquer une bombe atomique opérationnelle rien qu’avec les produits disponibles dans la circuit de la distribution commerciale :
" Phase 5 : Précipiter la solution obtenue en phase 4 avec de l’ammoniac (vendue 8F le litre) deux fois plus concentré que la solution aqueuse qu’il rejoint. Laisser reposer. Décanter en filtrant sur papier (filtre à café, rayon Arts ménagers); Regrouper tous les résidus d’aspect gélatineux dans un récipient résistant à la chaleur (plat Pyrex, rayon Arts ménagers). Chauffer à 800° C sur une plaque électrique (rayon Arts ménagers). Dessécher complètement par évaporation. Puis couvrir et " cramer " pour obtenir une poudre blanche d’oxyde de plutonium extrêmement volatile. Peser. Cela doit faire 100 grammes. Fin des opérations."
Ce texte ayant été jugé trop dangereux pour être mis en libre circulation, il n’en restait que quelques exemplaires, dont celui de Temple.Muni du mode d’emploi, Grüber, avec Gisela, loue un entrepôt désaffecté à Amsterdam pour y raffiner le produit. Opération délicate dont ils se tirent bien avant l’arrivée de la police. Sacrifiant Siegrid, munis de dix kilos de poussière de plutonium, ils gagnent leur planque de Paris en vue de passer à la dernière phase du plan.
Entre temps, les états occidentaux ont été mis au fait de la menace par les tracts de Gisela. Effervescence. L’enquête progresse lentement. Les présidents américains et français font appel à un spécialiste du nucléaire,  Harper,  qui doit prévoir les intentions des terroristes. Harper se rend à Paris en compagnie de l’inspecteur Sauniac, s’efforçant de comprendre la psychologie de Grüber afin de pouvoir le devancer.
Grüber, lui, a quasiment terminé sa bombe en la maquillant en un inoffensif frigidaire, qu’il apporte, avec une camionnette de livraison, - quoique Paris grouille de policiers - dans les bureaux de la tour de la Défense. Le dénouement se jouera très vite. Harper a trouvé où était stationnée la camionnette. Il devine plutôt qu’il ne le sait, sa destination: la tour de la Défense.  En compagnie de Sauniac, il monte dans les bureaux. Grüber a terminé son œuvre. Il ne lui reste plus qu’à connecter deux fils et à appuyer sur la console des deux mains. Harper, s’avançant, l’oblige à abandonner l’opération de façon que Sauniac arrive à l’éliminer. Paris est sauvé.
Un roman sophistiqué qui énonce de façon plausible les dangers guettant nos sociétés relativement à l’utilisation banalisée de l’atome. Nous sommes loin des récits d’après guerre envisageant le même thème (" Et la planète sauta " de B.R. Bruss ou "la mort atomique" de Pearson). Ici la connaissance s’appuie sur le réel du danger technologique et sur la psychologie fouillée du terroriste. L’ensemble mené avec le brio journalistique fait de cet ouvrage un bon thriller scientifique.


couverture du roman "... Et si l'otage était Paris?'
couverture de la première édiition du roman
 
 
Retourner au contenu | Retourner au menu